Un capteur de puissance à environ 150 € seul, ou un ensemble avec pédalier carbone type Easton à moins de 350 € : forcément, ça attire l’œil.
J’ai roulé plusieurs mois avec le Coospo S10, reçu ici dans sa version avec pédalier. L’idée était simple : voir si ce produit très accessible pouvait être autre chose qu’un gadget séduisant en fiche technique.
Les points forts :
- Prix très agressif pour un capteur de puissance
- Version avec pédalier carbone bien finie
- Autonomie élevée et charge magnétique
À améliorer
- Précision moins convaincante sur les valeurs élevées face à des pédales Favero
Et la réponse est moins caricaturale que prévu. Ce n’est pas le capteur que je conseillerais à quelqu’un qui veut caler tous ses vélos au watt près. Mais pour découvrir l’entraînement à la puissance, suivre sa progression et rouler avec une donnée stable, il y a quelque chose à regarder sérieusement.


Un pédalier étonnamment qualitatif pour le prix
La première bonne surprise vient presque davantage du pédalier que du capteur lui-même.
La version reçue utilise des manivelles carbone dans un format type Easton. En main, la pièce donne une vraie impression de sérieux : finition propre, poids contenu, aspect plutôt valorisant. À ce tarif, je m’attendais à quelque chose de plus brut. Là, visuellement, l’ensemble fonctionne bien, surtout avec un plateau plein qui finit parfaitement le montage.


Coospo propose plusieurs longueurs de manivelles, de 160 à 172,5 mm. C’est plutôt moderne, surtout à un moment où beaucoup de cyclistes raccourcissent leurs manivelles pour des raisons de position, de confort ou de cadence.
Côté standard, il faut évidemment être attentif au boîtier de pédalier. La version testée existe notamment en axe 24 mm, avec une interface Easton. Dans mon cas, le montage s’est fait sans difficulté particulière, à condition de prendre le bon standard dès le départ.
J’ai dû jouer légèrement sur le nombre d’entretoises pour éviter que le pédalier ne vienne frotter sur la base arrière.


Une fois installé, rien à signaler dans mon cas : pas de jeu, pas de craquement, pas de sensation de pédalier bas de gamme qui travaille sous la contrainte. Sur cette partie-là, je valide plutôt le produit.
Le capteur, lui, prend la forme d’une étoile placée entre le plateau et la manivelle droite. Le principe rappelle ce que l’on retrouve sur certains capteurs spider, comme le Rotor INspider que nous avions déjà testé sur GravelPassion. La philosophie est propre : intégration discrète, capteur protégé.


C’est aussi un choix qui a ses limites. Un capteur placé au niveau de l’étoile peut être plus sensible au montage, au type de transmission, au plateau utilisé ou aux entretoises. C’est un point important à garder en tête si l’objectif est la précision maximale.
Connexion, application et firmware : un produit qui a gagné en maturité
Le Coospo S10 communique en ANT+ et Bluetooth. Pour un compteur vélo, je privilégie l’ANT+, qui reste généralement le protocole le plus propre pour connecter ce type d’appareil.
Après réception, je suis passé par l’application CoospoTools pour effectuer une mise à jour. Le capteur tourne actuellement en firmware 1.7.7 dans ma configuration. Ce détail compte.
Plusieurs tests publiés au lancement du produit relevaient des comportements moins convaincants. Je ne vais pas dire que tout est devenu parfait. Mais mon ressenti, après plusieurs mois, c’est que les dernières mises à jour ont rendu le produit plus mature.


Le port de charge magnétique est bien intégré. Coospo annonce jusqu’à 300 heures d’autonomie, une étanchéité IPX7, une plage de puissance de 0 à 2800 W et une précision annoncée à ±1 %. Ces chiffres placent le S10 dans le langage habituel du marché. La vraie question, évidemment, c’est ce qu’il raconte une fois dehors.
Précision ou constance : il faut poser le bon débat
Un capteur de puissance se juge souvent sur sa précision. C’est logique, mais un peu incomplet.
La précision devient centrale si vous utilisez plusieurs capteurs sur plusieurs vélos, si vous comparez vos valeurs avec un home trainer, ou si vous basculez régulièrement d’un vélo à l’autre avec des zones d’entraînement très calibrées.
Mais pour un cycliste qui découvre la puissance et utilise un seul capteur sur un seul vélo, la constance compte parfois davantage que le watt exact. Comme une balance : si elle se trompe toujours de la même manière, elle reste exploitable pour suivre une tendance. Si elle dérive sans prévenir, elle devient inutile.
C’est surtout là-dessus que j’attendais le Coospo S10.
Sur la route : stable, sans coupure, mais pas au niveau des meilleures références
Le bon point, c’est que je n’ai pas rencontré de déconnexion pendant mes sorties. La connexion est restée stable, et pour un capteur de puissance à ce prix, ce n’est pas un détail secondaire.
Je n’ai pas non plus observé de dérive gênante après des efforts soutenus. Certains capteurs peuvent mal redescendre après une grosse intensité, avec des valeurs qui restent polluées pendant plusieurs minutes. Dans mon cas, le S10 s’est montré plutôt constant au fil de la sortie.


En comparaison avec mes pédales Favero, j’ai constaté un écart supérieur à 1 % sur les valeurs les plus élevées. Ce n’est donc pas le capteur que je choisirais si je voulais une référence absolue, ni celui que je prendrais pour harmoniser précisément plusieurs vélos.
Mais il faut remettre le produit dans son prix. À environ 150 € pour le capteur seul, on n’est pas dans la même logique qu’un système de pédales haut de gamme ou qu’un capteur spider installé sur un pédalier de grande marque.




Pour qui le Coospo S10 a du sens ?
Je le conseillerais surtout à un cycliste qui veut découvrir l’usage de la puissance sans exploser son budget.
Si vous roulez avec un seul vélo, que vous voulez structurer vos sorties longues, mieux gérer vos intensités, suivre votre progression et commencer à raisonner en watts, le S10 peut faire le travail. Il apporte une donnée exploitable, stable dans mon usage, avec une intégration propre et un prix franchement agressif.


La version avec pédalier ajoute un vrai intérêt si vous partez d’un montage vieillissant ou si vous voulez monter un ensemble complet propre, avec manivelles carbone et capteur intégré. À moins de 350 € selon les prix observés au moment du test, le rapport équipement/prix est difficile à ignorer.
En revanche, si vous avez déjà plusieurs capteurs, si vous cherchez une précision stricte entre tous vos vélos, ou si chaque watt compte dans votre suivi d’entraînement, je resterais prudent. Le S10 n’est pas mauvais. Il n’est simplement pas celui que je choisirais comme référence absolue.
Un capteur accessible, pas un capteur miracle
Le Coospo S10 m’a plutôt surpris dans le bon sens.
Je m’attendais à devoir surtout parler de compromis. Finalement, je retiens aussi une vraie qualité de fabrication sur le pédalier, une installation assez simple, une connexion stable et un produit qui semble avoir progressé avec les mises à jour.
Il ne faut pas lui demander ce qu’il ne promet pas réellement : remplacer sans nuance les meilleures références du marché. Mais pour découvrir l’entraînement à la puissance avec un budget limité, c’est une alternative crédible.
Pas le capteur du watt obsessionnel. Plutôt celui du cycliste qui veut enfin arrêter de rouler uniquement aux sensations, sans mettre le prix d’un groupe complet dans un capteur.









