Tester un gravel pendant quelques sorties permet déjà de cerner son caractère. Le faire rouler sur sept étapes, près de 800 km, plus de 8 000 m de dénivelé, dans un décor qui change tous les jours, c’est autre chose.
Le Berria Naii est arrivé dans ce contexte assez rare : un mois de roulage avant le départ, puis la Gravel Burn en Afrique du Sud. Autrement dit, pas une prise en main propre et contrôlée, mais un vrai test d’usure, de confiance et de limites.
Les points forts :
- Comportement rapide et précis sur terrain varié
- Confort arrière convaincant sur longue distance
- Finition et peinture très réussies
À améliorer
- Insert de porte-bidon défectueux sur l’exemplaire reçu
- Absence de stockage interne
Sorti en 2025, ce cadre espagnol s’inscrit dans cette nouvelle génération de gravels rapides capables d’accepter de gros pneus. Berria annonce officiellement un passage jusqu’à 50 mm, avec une géométrie sportive, une compatibilité UDH, un cadre carbone annoncé à 950 g, une fourche à 420 g et une technologie arrière Softex censée apporter de la flexion.
L’exemplaire essayé n’était pas exactement une configuration catalogue : il recevait une transmission SRAM Red et des roues Corima 50G, montées dans le cadre du partenariat qui accompagnait la Gravel Burn. Ce détail compte, car les roues influencent forcément le comportement général du vélo.
Un vélo reçu avec un défaut, mais une finition qui marque des points
Je préfère le dire tout de suite : à réception, le vélo avait un souci. L’un des inserts de porte-bidon tournait à vide dans le cadre. Ce n’est pas dramatique, ça se répare, mais sur un vélo neuf, surtout positionné sport et haut de gamme, c’est le genre de détail qui agace.
C’est dommage, parce que le reste donnait une impression nettement plus solide. La peinture était très réussie, avec un coloris qui donne tout de suite une identité au vélo. Pas une énième teinte sage, pas un gris passe-partout. On reconnaît la patte Berria, et visuellement le vélo a vraiment quelque chose.
Le cadre n’est pas assemblage générique. Berria met en avant une conception propre, avec une fourche très massive, une tige de selle propriétaire et son système Softex à l’arrière, annoncé pour offrir une flexion progressive au niveau du triangle arrière.
La finition est donc globalement flatteuse. Mais ce petit insert défectueux reste dans un coin de la tête, surtout quand on part ensuite sur une épreuve où le matériel doit simplement fonctionner, sans histoire.
Des détails pratiques pas tous parfaitement réglés
Le Naii reçoit deux inserts sur le tube supérieur, pour fixer une petite sacoche. Bonne idée, surtout sur un vélo destiné aux longues distances rapides. Mais ces inserts sont légèrement enfoncés dans le cadre.
Dans l’absolu, ce n’est pas un problème. En pratique, il faut faire attention à la longueur des vis. Avec le système de sacoche démontable Cyclite et la visserie propriétaire fournie, ça ne fonctionnait pas : la vis ne prenait pas assez dans le filetage.
Ce n’est pas rédhibitoire, mais c’est typiquement le genre de détail qu’on découvre au montage, la veille d’une sortie ou d’un voyage, et qui peut vite devenir pénible. Sur un vélo moderne, rapide, cherché dans ses formes, j’attends que ces points soient plus évidents.
Autre absence notable : il n’y a pas de stockage interne. Ce n’est pas obligatoire sur un gravel race, mais certains concurrents commencent à très bien l’intégrer.
Un avant très rigide, presque brutal si l’on se trompe de pneus
Avant de partir en Afrique du Sud, j’ai roulé le Berria pendant près d’un mois sur des terrains que je connais bien. La première sensation est venue assez vite : l’avant du vélo est très rigide.
Le cockpit ne donne pas beaucoup de souplesse, la fourche est massive, et l’ensemble transmet énormément d’informations. Sur terrain lisse ou rapide, cette précision peut être grisante. Sur du cassant, elle impose de réfléchir sérieusement à la monte pneumatique.
J’ai commencé avec des pneus en 50 mm, puis je suis passé sur du 55 mm à l’avant, tout en conservant environ 6 mm de dégagement de chaque côté du pneu, conformément à la logique de sécurité ISO. Officiellement, Berria annonce 50 mm. Dans cette configuration précise, le cadre acceptait donc légèrement plus.
Et franchement, sur ce vélo, ça change beaucoup. Le volume supplémentaire calme l’avant, apporte du grip et évite de subir chaque impact. Le test du Scott Addict Gravel 2027 allait dans le même sens : en 55 mm, un gravel moderne peut prendre une dimension beaucoup plus stable et filtrante. Sur le Berria, ce n’est pas un luxe, c’est presque une nécessité si le terrain devient méchant.
À l’arrière, le confort est bien plus convaincant
L’arrière du Naii m’a paru nettement plus agréable. Est-ce que je sens précisément la technologie Softex travailler, comme une petite suspension identifiable à chaque choc ? Non. Je ne vais pas prétendre le contraire.
Mais le résultat global est là : avec la tige de selle propriétaire et le triangle arrière, je n’ai pas eu l’impression de me faire casser par le vélo, même après plusieurs jours. Sur une épreuve par étapes, c’est un point énorme.
Le vélo filtre suffisamment pour rester vivable longtemps, sans donner la sensation d’un arrière mou ou déconnecté. Il garde ce côté race, mais il ne transforme pas chaque piste abîmée en punition.
J’ai quand même une question pour la suite : si les prochaines générations de gravel race acceptent encore plus facilement des pneus de 55 ou 57 mm, ce type de solution mécanique restera-t-il aussi pertinent ? Berria annonce une technologie sans entretien, mais cela ajoute malgré tout une contrainte de conception. À voir si la marque conserve cette voie dans le futur.
Sur la Gravel Burn, il a surtout donné confiance
La Gravel Burn n’a rien d’un test de salon. Le terrain change, les journées s’enchaînent, le corps fatigue, et le vélo prend des coups. C’est souvent là que les beaux discours disparaissent.
Sur ce point, le Berria a été rassurant. Je n’ai jamais eu la sensation d’un cadre fragile ou dépassé par ce que je lui demandais. Il a encaissé les impacts, les descentes rapides, les portions plus techniques et les longues journées avec une vraie solidité perçue.
L’avant reste agile. Je pouvais placer le vélo où je voulais, même quand le terrain devenait fuyant. Il ne donne pas l’impression d’un gravel long et pataud. Il répond vite, parfois sèchement, mais avec précision.
En montée, malgré une monte pneumatique lourde, surtout avec le 55 mm à l’avant, le comportement est resté sain. J’avais même cette impression assez rare d’un vélo facile entre les jambes, pas forcément explosif à cause du montage, mais jamais collant.
C’est là que le Naii montre son vrai programme : un gravel race capable de tenir quand le parcours devient beaucoup moins propre qu’une simple piste blanche.
Le montage essayé : performant, mais pas totalement représentatif
La plateforme, elle, donne une base très sérieuse. Cadre léger, compatibilité UDH, géométrie sportive, gros dégagement pneumatique, cockpit rigide : tous les ingrédients d’un gravel rapide moderne sont là.
La gamme Berria Naii s’articule autour de plusieurs montages, avec des groupes SRAM et Shimano selon les versions, et la marque met aussi en avant son programme de personnalisation Iris. Avec un tarif proche des 9 000€ en Sram Red (roues Zipp 303 XPLR SW), le positionnement me semble correct au regard du niveau de conception et de finition.
Ce qui m’a vraiment plu, et ce qui reste à corriger
Le plus fort, c’est l’équilibre entre précision, confort arrière et capacité à encaisser. Le vélo reste sportif, il incite à rouler vite, mais il ne m’a pas donné l’impression d’être trop exclusif pour une vraie épreuve longue et exigeante.
La rigidité de l’avant est plus discutable. Certains aimeront ce côté direct, presque tranchant. Personnellement, je trouve qu’il impose une grosse monte pneumatique pour libérer le vélo. En 50 mm, ça fonctionne. En 55 mm à l’avant, j’ai trouvé l’ensemble plus cohérent sur terrain difficile.
Pour qui le Berria Naii a du sens ?
Je le vois pour un cycliste qui veut un gravel rapide, moderne, capable d’aller très vite sur terrain roulant, mais qui ne veut pas se limiter à des pneus de 40 ou 45 mm. Quelqu’un qui vise des courses longues, des parcours cassants, des épreuves où le rendement compte autant que la capacité à encaisser.
Ce n’est pas le vélo le plus pratique pour l’ultra. Ce n’est pas non plus le plus doux de l’avant. Mais quand il est monté avec les bons pneus, il devient une machine très crédible pour rouler fort longtemps.
Après près de 800 km de Gravel Burn, je retiens surtout ça : le Berria Naii n’a pas seulement survécu au test. Il a montré qu’un gravel race peut rester rapide, précis et sérieux, sans avoir peur des gros pneus ni des terrains vraiment hostiles.