Colnago n’a jamais tout à fait traité sa série C comme le reste de sa gamme. Là où les V5 RS ou Y1RS répondent à une logique de performance pure, d’efficacité maximale et de course au résultat, les C ont progressivement glissé vers autre chose : une vision plus patrimoniale, plus émotionnelle, mais aussi plus assumée du vélo haut de gamme italien.
Avec le nouveau C72, la marque de Cambiago pousse encore un peu plus loin cette séparation des rôles. Ce nouveau modèle ne cherche pas à devenir le vélo de Tadej Pogačar, ni à rivaliser frontalement avec les meilleurs monocoques de compétition du marché. Il revendique au contraire une autre ambition : proposer un vélo de route haut de gamme, fabriqué en Italie, techniquement actuel, mais pensé avant tout pour le plaisir de rouler, la beauté de l’objet et une forme de cohérence historique.
🚀 En bref :
Colnago lance le nouveau C72, successeur du C68 au sein de sa gamme C Series.
Le cadre reste fabriqué en Italie selon une construction modulaire, loin des standards monocoques des purs vélos de course.
Le C72 gagne en facilité d’usage avec une géométrie revue, un dégagement pneus porté à 35 mm et un rangement intégré dans le tube diagonal.
Le premier point à comprendre avec ce C72, c’est qu’il ne faut pas le lire comme une machine de course déguisée. Colnago ne raconte d’ailleurs pas cette histoire. Le C72 n’est pas là pour détrôner le Y1RS ni pour remplacer le V5 RS dans l’univers racing de la marque. Il s’inscrit dans une autre logique.


Cette logique, on l’avait déjà vue apparaître avec le C68. Mais là où le C68 pouvait parfois sembler un peu trop sage, un peu trop typé endurance dans son comportement comme dans son positionnement, le C72 semble vouloir corriger cela sans renier la philosophie de départ. En clair : rester un Colnago C, donc un vélo à part, mais en le rendant plus abouti, plus cohérent, et sans doute plus séduisant à l’usage.


Colnago parle ici d’un vélo “fast, but not extreme”. C’est probablement la meilleure manière de résumer son intention. Le C72 n’est pas un vélo radical. Ce n’est pas non plus un simple vélo de prestige figé dans son héritage. C’est un vélo qui cherche à marier confort, dynamisme, sophistication de fabrication et désir d’objet.
À l’heure où presque tout le très haut de gamme carbone de route passe par des cadres monocoques, le C72 persiste avec une construction multi-pièces. C’est évidemment le cœur de son identité.
Le cadre est assemblé à partir de plusieurs éléments en carbone, ensuite réunis à Cambiago. Colnago annonce une structure en sept pièces et revendique cette approche comme un choix technique autant que culturel. L’idée est simple : conserver une méthode de fabrication plus artisanale, plus maîtrisable dans certains ajustements, et surtout plus fidèle à l’histoire de la série C.
Dans les faits, cela signifie aussi que le C72 ne joue pas le même jeu que les meilleurs cadres monocoques les plus extrêmes du marché. Il ne cherche pas à battre des records d’intégration, d’aérodynamisme ou de poids absolu. Le discours de Colnago consiste plutôt à mettre en avant la précision dans la répartition des rigidités, l’équilibre général du comportement et la qualité de fabrication.
C’est un point important, parce qu’il évite un malentendu. Le C72 n’est pas un vélo “à l’ancienne” au mauvais sens du terme. Mais ce n’est pas non plus une démonstration de modernité pure. C’est un vélo qui assume une autre hiérarchie des priorités.
Visuellement, le C72 reste immédiatement identifiable comme un Colnago de la série C. On retrouve cette logique de raccords visibles, cette manière de faire exister les jonctions du cadre au lieu de les masquer complètement, et cette esthétique à la fois très italienne et très travaillée.
Mais ce nouveau modèle fait aussi évoluer plusieurs détails. La zone de direction paraît plus affinée et mieux intégrée que sur le C68. Les lignes sont plus tendues, plus propres, moins massives. Le serrage de selle évolue lui aussi, avec une intégration retravaillée. La nouvelle tige de selle participe clairement à l’élégance générale du vélo.
Colnago semble avoir voulu raffiner l’ensemble sans tomber dans la surenchère aérodynamique. C’est sans doute une bonne chose. Le C72 ne donne pas l’impression de courir derrière les tendances. Il reste sobre dans ses formes, sans être daté pour autant.
Là où ce C72 devient particulièrement intéressant, c’est dans sa mise à jour fonctionnelle.
Premier point concret : le passage de pneus grimpe à 35 mm, contre 32 mm auparavant sur le C68. Ce n’est pas anecdotique. Cela veut dire que le C72 s’ouvre beaucoup plus franchement à un usage route moderne, avec des sections plus confortables, plus polyvalentes, et adaptées à l’état réel des routes. Pour un vélo de ce niveau de prix, c’était presque indispensable.


Deuxième évolution importante : l’arrivée d’un compartiment de rangement intégré dans le tube diagonal. Là encore, c’est le signe d’un vélo moins figé dans une logique muséale. Colnago admet qu’un vélo de prestige peut aussi être pratique. Le système vient s’intégrer avec les porte-bidons carbone qui servent de fermeture. Sur le papier, c’est intelligent, propre et bien plus pertinent qu’un simple exercice de style.
Troisième changement notable : le boîtier de pédalier passe au standard BSA fileté. C’est probablement l’une des meilleures décisions techniques de ce lancement. Dans un marché qui a parfois trop longtemps confondu sophistication et complexité, revenir à un standard simple, fiable et facile à entretenir est tout sauf un détail. Sur un vélo destiné à durer, c’est même un choix très cohérent.


Le C72 fait aussi évoluer sa géométrie. Colnago annonce un vélo un peu plus facile à utiliser, un peu plus relevé à l’avant, avec une approche davantage orientée confort sans renoncer à une certaine sportivité.
Dans les faits, cela ressemble à une mise à jour assez lucide. La série C ne pouvait pas rester coincée entre deux mondes : trop sage pour les compétiteurs, pas assez moderne pour les pratiquants exigeants qui veulent rouler longtemps et vite dans de bonnes conditions. Avec ce C72, Colnago semble avoir compris que la vraie modernité, sur ce type de vélo, n’est pas forcément d’aller vers plus de radicalité, mais plutôt vers plus de cohérence.


Le stack augmente, le poste de pilotage devient un peu plus accessible, et l’ensemble devrait permettre d’obtenir plus facilement une position valorisante sans empiler les entretoises. C’est un détail esthétique, mais aussi pratique. Sur un vélo de cette catégorie, personne n’a envie d’un montage qui semble bricolé.
Le nouvel ensemble cockpit CC.02 va dans le même sens. Colnago promet un poste de pilotage plus léger que le précédent CC.01, avec une ergonomie revue, un reach réduit et un léger flare.


En parallèle du C72 standard, Colnago lance aussi le C72 La Scala, inspiré du Teatro alla Scala de Milan, où le vélo a été présenté.
La proposition est claire : faire du C72 une plateforme de prestige et pousser encore plus loin sa dimension symbolique. Avec ses couleurs rouge, or et blanc, ses finitions spécifiques et sa production limitée à 72 exemplaires, le La Scala ne s’adresse évidemment pas à un public large. À 22 000 euros le cadre, on est ici dans une logique de collection, d’image, presque de pièce d’apparat.


On peut juger l’exercice excessif. Et il l’est évidemment. Mais il a au moins une forme de cohérence avec ce qu’est Colnago depuis toujours : une marque qui ne vend pas seulement de la performance, mais aussi du récit, du prestige et une certaine idée du cyclisme italien.
La vraie question n’est donc pas de savoir si ce C72 La Scala est raisonnable. Il ne l’est pas. La question est plutôt de savoir si Colnago sait encore produire des vélos capables de susciter autre chose qu’un arbitrage rationnel. La réponse est manifestement oui.
Le C72 sera proposé en kit cadre à partir de 6 780 euros, avec cadre, fourche, jeu de direction et cockpit CC.02. Colnago annonce également plusieurs montages complets, avec des tarifs qui montent rapidement.
L’entrée de gamme débute autour de 14 200 euros en Shimano Dura-Ace Di2 avec roues Fulcrum Sharq 57. D’autres versions sont prévues avec Enve SES 4.5, Campagnolo Super Record 13 vitesses ou encore SRAM Red AXS, jusqu’à environ 16 600 euros.


Autrement dit, le C72 reste un vélo très exclusif, y compris dans sa version “normale”. Colnago annonce une production volontairement limitée à 3 000 cadres par an, ce qui renforce encore son positionnement à part.
Sur le marché, cela place le C72 dans une zone où l’achat ne peut pas être seulement rationnel. À ce niveau de prix, on achète un comportement, une fabrication, une histoire, une esthétique, une émotion. La performance pure, elle, peut souvent se trouver ailleurs pour moins cher.
Le Colnago C72 est intéressant précisément parce qu’il ne cherche pas à faire semblant. Ce n’est pas un superbike moderne déguisé en vélo patrimonial. Ce n’est pas non plus un objet de collection totalement déconnecté de l’usage. C’est un vélo qui assume une proposition très particulière : celle d’un très haut de gamme italien, fabriqué en Italie, techniquement remis au goût du jour, mais qui refuse d’entrer dans la guerre de la performance absolue.
C’est évidemment un vélo de passion plus qu’un vélo de raison. Mais à vrai dire, un Colnago C l’a presque toujours été.
La bonne nouvelle, c’est que ce C72 semble plus cohérent que son prédécesseur. Plus moderne dans ses choix utiles, plus crédible dans son usage réel, sans perdre ce qui fait la singularité de la série. Il ne parlera pas à tout le monde, et il n’a sans doute pas été conçu pour cela. En revanche, pour celui qui cherche un vélo de route haut de gamme, statutaire, durable dans son désir et moins prisonnier des effets de mode qu’un pur vélo de course, le C72 pourrait bien être l’un des lancements les plus intéressants de l’année.


| Pratique | Vélo allroad |
|---|---|
| Matériau | Carbone |
| Assistance électrique | Non |
| Genre | Unisexe |
| Année | 2026 |




Avis
EricJ94 –
Il se pose face au Specialized Aethos… La livrée rouge et est splendide !
Hugo –
Ce coloris est en effet magnifique !
Miguel –
Toujours aussi bien rédigés tes articles. C’est un très beau vélo.
Hugo –
Merci beaucoup Miguel ! 🙂