Depuis plusieurs mois, je roule avec une selle en impression 3D réalisée entièrement sur mesure. Pas une version “semi-personnalisée”, pas un choix parmi deux largeurs, mais une vraie démarche individualisée, de la prise d’empreinte jusqu’à la fabrication finale.
Après plus de 1 600 km d’utilisation, il est temps de poser un regard honnête sur la Posedla Joyseat 3.0, développée par la marque tchèque Posedla, spécialisée depuis plusieurs années dans les selles personnalisées pour la route, le gravel et le VTT.
Les points forts :
- Véritable personnalisation
- Qualité de fabrication
- Poids contenu
- Confort immédiat, sans période d’adaptation
À améliorer :
- Tarif élevé en valeur absolue, même s’il est cohérent face au marché
Je le dis d’emblée : je pars avec un a priori. Les produits “custom” sont souvent accompagnés d’un discours très séduisant, mais sur le terrain, l’écart avec un bon produit standard est parfois mince. J’avais donc surtout envie de comprendre si la promesse tenait dans la durée, et si le sur-mesure apportait autre chose qu’un joli storytelling.
Si la selle m’a été envoyée gracieusement par la marque, ce n’est pas le cas de Marie, notre contributrice qui l’utilise depuis de nombreux mois maintenant, suite à un achat personnel.
Nous allons donc confronter nos points de vue tout au long de l’article.
Du sur-mesure qui inspire confiance
Le processus débute par la réception à domicile du Smiling Butt Kit, un kit de prise d’empreinte conçu pour mesurer précisément l’écartement des ischions. L’utilisation est simple, à condition de respecter scrupuleusement les consignes de position. Ce n’est pas compliqué, mais il ne faut clairement pas bâcler l’étape.
Une fois l’empreinte réalisée, il suffit de photographier le kit sous plusieurs angles. Rien à renvoyer : la marque travaille ensuite à partir de ces images via un traitement numérique. Vient ensuite un questionnaire assez poussé, qui aborde la pratique, le volume annuel, le type de sorties, la souplesse, la position sur le vélo ou encore les éventuelles gênes rencontrées jusqu’ici. L’approche est sérieuse, et on sent que ces données ne servent pas uniquement à cocher des cases.
Depuis plus de 10 ans sur le modèle d’une marque, une étude posturale avait mis en avant un problème de largeur qui nuisait à ma stabilité, et si je n’avais pas de blessures avérées, je sentais que j’avais un gain à passer sur autre chose. Mais quoi ?
Ayant pratiqué surtout de la longue distance ces dernières années, cela obligeait à explorer de nouvelles possibilités autres que les standards : à savoir une selle sur-mesure.
Entre le moment où j’ai envoyé les photos et reçu la selle, il s’est passé 5 semaines, ce qui était une semaine inférieur au délai annoncé à la date de ma commande. Mais ce que j’ai particulièrement apprécié, c’est le suivi « en temps réel » de ma commande. Malgré la distance, j’ai été informée de chaque étape de fabrication et du délai pour accéder à l’étape suivante, avec le document en lien avec ma commande. Un vrai modèle de service après-vente, qui rend l’attente facile pour les plus impatients.
Après validation, il faut s’armer d’un peu de patience. Dans mon cas, le délai a été de plusieurs semaines, une attente sans doute accentuée par la période des fêtes. Ce n’est pas choquant pour un produit fabriqué à la demande, mais il faut l’avoir en tête.
À la réception, première surprise : le poids. Ma version Joyseat Pro, avec coque carbone et rails carbone en 7×9 mm, affiche 162 grammes sur la balance, très proche des valeurs annoncées. Ce n’était pas mon critère numéro un, mais impossible de ne pas être agréablement surpris.
Les finitions sont irréprochables. Le maillage 3D est précis, régulier, sans bavure. L’assemblage respire le sérieux, et malgré la légèreté, la selle inspire confiance. On est clairement au niveau, voire au-dessus, de ce que proposent certaines grandes marques sur leurs modèles haut de gamme non personnalisés.
À noter également la possibilité de personnaliser la couleur du padding et d’intégrer un nom ou un pseudo dans le creux de la selle, un détail gadget pour certains, mais plutôt bien intégré ici.
Une selle pensée autour du cycliste
Mon profil est relativement clair : 15 000 à 20 000 km par an, majoritairement sur des sorties assez courtes, avec quelques événements plus longs dans l’année. J’ai une position plutôt agressive, même sur un vélo d’endurance, et une bonne souplesse dorsale.
D’après les données recueillies, Posedla m’a orienté vers une largeur de 137 mm, très proche de celle d’une de mes références personnelles, la Specialized Power Mirror en 143 mm. La différence se joue ailleurs : ici, la largeur n’est qu’un paramètre parmi d’autres, puisque la densité du maillage varie selon les zones, en fonction de la pression exercée.
L’installation ne pose aucun problème particulier. Les rails carbone sont parfaitement compatibles avec les chariots adaptés, le serrage au couple se fait sans mauvaise surprise, et une fois la selle positionnée, rien ne bouge. Aucun bruit parasite à signaler, même sur terrain dégradé.
Test terrain : une selle qui se fait oublier
Dès les premières sorties, on retrouve immédiatement les sensations typiques d’une selle 3D. On a l’impression de s’asseoir “dans” la selle plutôt que dessus, avec une position plus stable qu’avec une mousse traditionnelle. La surface épouse le bassin, limite les micro-mouvements parasites et favorise une assise assez fixe.
Point notable : aucune période d’adaptation. En quelques minutes, la selle disparaît littéralement sous moi. Aucune gêne, aucune zone de pression excessive, y compris avec des cuissards d’hiver plus épais. Sur ce point, la promesse est tenue.
Dès le départ, je me suis sentie « à la maison », que ce soit pour la largeur, la forme, ou le confort ; et ce gap immédiat était assez bluffant.
J’ai temporisé cette sensation, craignant un effet placebo, et surtout en attente de confirmation ou non sur de plus longues distances. Le juge de paix aura été l’épreuve « Paris – Clermont » en septembre dernier qui se courrait sur un bon 400 kms. Selle validée dans les conditions de ce réel, je n’ai noté qu’un seul bémol : en position persistante sur les prolongateurs, j’ai senti le bec de selle un peu large sur les cuisses qui a occasionné des frottements. Chose que je n’avais pas ressentie sur mes entraînements, car j’utilise peu les prolongateurs et c’est une donnée que je n’avais pas intégrée dans le cahier des charges à ma commande.
Si l’aspect « sur-mesure » vous bride dans l’option d’une éventuelle revente en cas d’insatisfaction, sachez-que Posedla dispose d’un service « 100% satisfait ». Concrètement comment ça se passe ? Vous avez la possibilité de demander un retour, après une visio à distance avec une personne de Posedla pour expliquer votre problème. Le remboursement pourra être effectué, déduction faite du coût des matières premières, à savoir 160€.
Après plus de 1 600 km, le constat est simple : la Joyseat s’est totalement faite oublier. Et pour une selle, c’est probablement le meilleur compliment que l’on puisse faire. Pas de douleur, pas d’engourdissement, pas de frottement particulier. On ne pense plus à sa selle, et on se concentre uniquement sur le pédalage.
Soyons honnêtes : je ne peux pas dire que l’écart avec mes selles préférées jusqu’ici soit “énorme”. Mais la différence se joue dans la constance et l’absence totale de défaut. Là où certaines selles très réussies peuvent laisser apparaître une petite gêne sur certaines sorties ou dans certaines conditions, la Joyseat reste neutre, quelle que soit la durée ou l’intensité.
Posedla propose trois niveaux de gamme, avec des tarifs débutant à 389 € pour la version Plus, 489 € pour la Pro (celle testée ici) et 589 € pour l’Ultra. Des montants qui peuvent faire tiquer, mais qu’il faut remettre en perspective.
Aujourd’hui, une selle 3D haut de gamme de grande marque dépasse régulièrement les 400 à 450 €, sans être réellement sur mesure. Ici, on parle d’un produit entièrement personnalisé, depuis la largeur jusqu’à la densité du padding, en passant par la forme globale. Le rapport prix/prestation devient alors beaucoup plus cohérent.
Il faut également prendre en compte l’approche industrielle de Posedla : fabrication locale en République tchèque, impression 3D TPU, coques et rails carbone pour les versions Pro et Ultra, et un process clairement maîtrisé de bout en bout.
Après plus de 5000 kms effectué sur mon vélo de route, est-ce que je valide cet achat ? Oui sans hésiter, d’autant plus que lorsque je prends mon gravel qui n’en est pas équipé, je ne me sens pas aussi bien, voire mal après quelques heures.
La durée de vie est également très bonne, car malgré un usage sur route, l’hiver n’a pas épargné le matériel. Je n’ai observé qu’un léger « gommage » de la matière sur les zones de frottements, et surtout aucune dégradation des cuissards.
Une démarche crédible, un résultat abouti
La Posedla Joyseat 3.0 n’est clairement pas une selle pour tout le monde. Elle s’adresse à des cyclistes qui roulent beaucoup, qui savent ce qu’ils attendent de leur matériel, et qui sont prêts à investir pour résoudre définitivement la question du confort.
De la prise d’empreinte à la conception finale, le process est cohérent, bien exécuté, et surtout efficace sur le terrain. Après plusieurs mois d’utilisation, je ne lui trouve aucun défaut fonctionnel. Elle ne révolutionne pas ma pratique, mais elle élimine totalement un problème potentiel.
Et finalement, c’est peut-être ça la vraie réussite de cette selle : ne plus jamais avoir à se poser la question du confort, sortie après sortie.
7 réponses
Merci beaucoup pour ce retour d’expérience Marie !
Je me posais la question de la différence de confort entre une selle en cuir (après adaptation) et celle selle sur-mesure en impression 3d ?
Il serait super intéressant de faire un comparatif détaillé entre les 2 même si les produits ne s’adressent peut être pas au même public ? (Poids, design, budget, …)
PS : j’adore ces retours d’expérience sur le long, continuez ainsi !
Merci Loïc pour votre commentaire ! Si Marie passe par ici, elle y répondra avec plaisir 🙂
De mon côté, je n’ai jamais roulé très longtemps sur des selles type Brooks, les modèles 3D fonctionnent davantage comme un « fauteuil ».
Bonjour Loïc,
Merci pour ton commentaire. J’avoue que je n’ai jamais essayé de selle en cuir sur la durée (prêt d’un vélo de ville tout au plus). L’offre est également présente avec entre autre notre frenchy Berthoud qui a bonne presse en ultra / voyage, mais là aussi je présume qu’il y’a différents types de cuir et de forme. Le sujet de la selle est tellement vaste !
J’ai une selle Poselda depuis 2 ans. J’avais toujours eu des problèmes de selle sur mon vélo de route et plus encore sur mon gravel. J’ai changé des dizaines de fois de selle. Depuis que j’ai gouté à cette selle, je n’ai plus AUCUNE douleurs et du coup, j’allonge les distances sans aucune appréhension. Cerise sur le gâteau: la selle s’est fendue puis cassée sur le côté droit lors d’un voyage en Europe de l’est. Elle m’a été changée gratuitement et rapidement (15 jours) par une nouvelle selle absolument identique. Extrêmement professionnels.
5 étoiles sans hésiter.
Bonjour Jean-Marie, merci beaucoup pour votre retour qui vient compléter à merveille notre test.
Merci pour le double test, hyper intéressant comme format, notamment le fait qu’une des 2 selles ait été achetée 👍
Ça aurait été top d’avoir un avis comparativement à une Specialized S-Works Power EVO with Mirror, qui sort à 449 euros, et qui a notamment un bec de selle plus court et pas mal travaillé. On est dans les mêmes tarifs, ça donne à réfléchir.
Bonjour Laurent, merci beaucoup pour votre retour. J’utilise la Power Pro Mirror depuis plus de 3 ans. Cette dernière est en effet plus courte, mais sur le terrain, peu de différence en termes de ressenti. Le bec de selle de la Posedla est certes un peu plus long, mais dans mon cas, assez étroit, et il ne me gêne donc pas, même en position très aéro. Vu la faible différence de prix entre les deux modèles, je trouve intéressant le concept de la réalisation sur mesure.