J’ai longtemps acheté mes vélos avec une logique assez simple : comparer, décortiquer les montages, regarder le cadre, puis essayer de comprendre si le prix avait un sens. Ce n’était pas très romantique, mais ça évitait pas mal de mauvais choix.
Depuis que j’ai lancé Gravel Passion, j’ai la chance de tester régulièrement des machines très haut de gamme. Cette rationalité prend parfois cher, sans mauvais jeu de mots. Un vélo à plus de 10 000 € peut être excellent, heureusement d’ailleurs. Mais il devient de plus en plus difficile de justifier certains tarifs quand une marque comme Cube arrive avec ce Nuroad C:62 EXC à 3 599 €.
Les points forts :
- Rapport composants-prix exceptionnel
- Confort très réussi
- Direction fluide et comportement joueur dans les parties techniques
- Sacoche top tube vissée pratique
À améliorer
- Pas de stockage interne dans le cadre
- Boitier Pressfit
Et là, il faut commencer par le prix. Pas par la peinture, pas par la promesse, pas par la fiche produit. Le prix.


À 3 599 €, la fiche technique met une claque au marché
Le Cube Nuroad C:62 EXC testé ici repose sur un cadre carbone C:62, avec un dégagement annoncé jusqu’à 50 mm, une compatibilité UDH, un passage de câbles intégré, un cockpit carbone monobloc et des roues carbone Newmen Advanced G.34.
La transmission est en SRAM Force AXS XPLR E1, avec un montage en mono plateau de 42 dents et une cassette 10-46. Mon vélo de test était équipé d’une cassette Rival, mais la nouvelle gamme 2027 propose bien une cassette Force. Le pédalier intègre aussi un capteur de puissance (manivelle gauche).


Mon exemplaire en taille L, pèse 8,3 kg. Pour un gravel carbone équipé ainsi, le chiffre reste très correct.
C’est exactement le type de vélo qui explique pourquoi Cube revient si souvent dans les discussions sur le rapport équipement-prix. On avait déjà creusé cette logique dans notre analyse sur les prix contenus des vélos Cube, et ce Nuroad C:62 EXC en est presque l’exemple roulant.
Le piège, ce serait de s’arrêter aux composants
Aujourd’hui, proposer une belle fiche technique n’est plus aussi difficile qu’avant. Les marques savent composer des montages flatteurs, surtout quand on regarde vite. Le vrai sujet, c’est ce qu’il reste une fois le vélo lancé sur une piste, relancé en danseuse ou balancé dans une portion technique.
Le Nuroad C:62 est actuellement l’alternative carbone de la gamme gravel Cube. Il faut donc le comprendre comme une plateforme assez large, que le montage peut orienter vers la performance, l’endurance rapide ou une pratique plus polyvalente. Cube ne cherche pas ici le gravel extrême. On est sur un vélo pensé pour une majorité de pratiquants : rouler vite, longtemps, sur des terrains variés, sans tomber dans une machine trop radicale.
La géométrie va dans ce sens. L’empattement est assez important, les bases restent longues, mais l’avant garde une vraie vivacité. En taille L, on trouve une potence de 100 mm, un cintre de 42 cm et des manivelles de 170 mm. Cube a clairement revu ses choix de périphériques ces derniers temps, avec des dimensions plus proches des standards actuels. Ça paraît secondaire. En pratique, ça évite surtout de devoir remplacer trois pièces dès la sortie du magasin.


Une position naturelle, mais attention au choix de taille
J’ai rapidement trouvé mes repères sur ce vélo. Le cadre est légèrement sloping, avec un tube de selle relativement court, ce qui donne une belle sortie de selle. Visuellement, c’est réussi. En dynamique, ça participe aussi au confort grâce au flex de la tige de selle carbone en 27,2 mm.
En revanche, je ne conseillerais pas de descendre volontairement d’une taille pour chercher plus de sportivité. Sur ce Nuroad, on peut vite se retrouver un peu court en sortie de selle. Attention aussi au simulateur présent sur leur fiche produit qui est assez généreux. Il me préconisait par exemple une taille XL qui n’aurait pas été adaptée à mon profil (1m85 / hauteur de selle à 78 cm).


Le cockpit monobloc carbone est bien intégré, sans donner cette sensation parfois désagréable d’un avant trop verrouillé. La direction reste fluide, facile à placer, presque joueuse pour un vélo qui garde pourtant une base très stable.
Un cadre plus réactif que brutalement rigide
Le comportement du boîtier de pédalier est intéressant. Ce n’est pas le vélo le plus rigide que j’ai pu tester, et les coureurs très puissants le sentiront sur les efforts les plus violents. Mais rigidité et réactivité ne racontent pas toujours la même histoire.
Ici, le Nuroad C:62 EXC répond vite. Quand on se dresse sur les pédales, le vélo repart proprement, sans inertie inutile. Sur une relance courte, une sortie de virage, une petite bosse ou un passage technique où il faut remettre un coup de pression, il se montre plus vivant que sa géométrie ne le laisse imaginer.


C’est probablement l’un des points les plus réussis du vélo : il ne cherche pas à copier un gravel race ultra sec. Il garde du rendement, mais il ne punit pas. Il accepte les erreurs de trajectoire, les pistes imparfaites, les longues sorties où l’on n’a pas envie de subir chaque vibration.


Le confort est l’une de ses vraies forces
Le montage participe beaucoup à cette sensation. Les Schwalbe G-One R Pro en 45 mm donnent déjà une belle marge. Les roues Newmen Advanced G.34, plutôt basses et peu exigeantes, filtrent mieux qu’une paire carbone haute et très rigide. La tige de selle carbone travaille. Le cockpit ne durcit pas excessivement l’avant.
Le résultat est simple : le vélo est confortable, vraiment. Pas seulement confortable pour un gravel carbone. Confortable tout court.


Sur les parties sinueuses et techniques, les roues Newmen vont très bien avec l’orientation du vélo. Je les connaissais déjà pour les avoir roulées sur le Propain Teral CF, et j’ai retrouvé cette sensation de roue facile, prévisible, agréable quand le terrain devient moins linéaire.
Sur les grandes pistes roulantes, elles manquent un peu d’inertie. C’est le compromis. Si votre objectif est la performance pure, une paire de roues plus hautes et plus rigides, transformera sans doute le comportement du vélo. Mais dans le montage d’origine, Cube a fait un choix logique : préserver la facilité et le confort plutôt que chercher une agressivité artificielle.


L’angle de fourche modéré fait que j’ai rencontré un toe overlap sur certains passages très techniques. Il reste très léger et dépend notamment bien entendu de la taille du cadre, du volume du pneu, de la taille des manivelles et du positionnement de vos cales sous la chaussure.


Une transmission SRAM Force XPLR parfaitement à sa place
Le mono plateau de 42 dents associé à la cassette 10-46 colle bien à l’usage visé. Ce n’est ni trop court, ni trop ambitieux. Pour une pratique gravel polyvalente, rapide, avec des portions roulantes et des passages plus cassants, l’étagement donne suffisamment de marge.
Le groupe SRAM Force AXS XPLR E1 fait partie des références actuelles en gravel. Ergonomie, freinage, précision des passages, simplicité du mono : rien ne vient parasiter l’expérience.


Le capteur de puissance intégré à la manivelle gauche est aussi à souligner. Beaucoup de cyclistes ne l’utiliseront pas tous les jours, mais pour celles et ceux qui s’entraînent sérieusement ou qui veulent gérer leurs efforts sur des longues sorties, l’avoir de série à ce tarif change la lecture du montage.


Pas de stockage interne, mais une sacoche top tube bien pensée
Le seul vrai reproche que je peux faire au cadre concerne l’absence de stockage interne. Sur un gravel moderne, surtout avec cette orientation polyvalente, j’aurais aimé trouver une solution intégrée dans le tube diagonal.
Cube compense en partie avec deux fixations sur le top tube, très proprement cachées par une petite plaque de finition. Sur ce modèle, la sacoche ACID Pack Pro 0,7 est montée d’origine. Elle se visse directement au cadre avec deux petites vis qui ne nécessitent pas d’outil.


C’est pratique, stable, et plus propre qu’une sacoche sanglée qui finit par bouger ou marquer le cadre. Elle n’est pas totalement étanche : on distingue un petit espace au niveau de la fermeture. Mais pour une chambre, un multi-outil, des mèches tubeless ou un peu de nutrition, elle fait très bien le travail.


Cube soigne aussi les petits détails visibles
De loin, ce Nuroad C:62 EXC peut passer pour un vélo noir assez discret. De près, le coloris carbon’n’crisscross révèle des motifs plus travaillés, avec une finition vraiment réussie. Cube ajoute aussi quelques touches colorées, notamment avec la chaîne violette et les bouchons de cintre.
Ce n’est pas essentiel au comportement du vélo. Mais ça compte. Cube a longtemps été associé à des montages rationnels, parfois moins désirables visuellement que ceux de marques plus fortes en image. Ici, la marque allemande montre qu’elle sait aussi soigner l’objet. Et je trouve que la gamme 2027 va encore plus loin à ce sujet.


On peut toutefois regretter la présence d’un boîtier de pédalier Pressfit. Même si sur la durée du test je n’ai rencontré aucun souci ni aucun bruit parasite, il reste difficile d’avoir une durée de vie convaincante sur un usage gravel avec ce type de boîtier.


Ce Nuroad reste moins instagrammable que certains vélos beaucoup plus chers. Très bien. Il est aussi beaucoup plus difficile à attaquer rationnellement.
Un gravel pensé pour la majorité des pratiquants
Le Cube Nuroad C:62 EXC ne vise pas les extrêmes. Ce n’est pas le vélo le plus radical pour les courses gravel ultra rapides. Ce n’est pas non plus une mule de voyage pensée pour charger lourd pendant plusieurs semaines.
Sa force est ailleurs : il couvre très bien le centre du marché. Celui des cyclistes qui veulent un gravel carbone rapide, confortable, fiable, bien équipé, capable de rouler vite sur route, de tenir une grosse sortie sur piste et de rester agréable dans les portions plus techniques.


C’est probablement le profil de beaucoup de pratiquants en France. Pas forcément des compétiteurs purs, pas forcément des voyageurs au long cours. Des cyclistes qui roulent souvent, qui aiment le beau matériel, mais qui n’ont pas envie de transformer chaque achat vélo en justification bancaire impossible.
La disponibilité, dernier vrai sujet
Cube a un problème assez paradoxal : ses vélos sont parfois difficiles à obtenir. La marque progresse fort sur la route et le gravel, et la demande dépasse régulièrement l’offre disponible chez les revendeurs.
Pour ce Nuroad C:62 EXC, c’est peut-être la limite la plus concrète. La collection 2027 est sortie récemment et il faudra probablement se rapprocher rapidement d’un vélociste pour réserver un exemplaire.


Ce n’est pas une manière de créer de la rareté. C’est juste le fonctionnement Cube : des prix très agressifs, une distribution en boutique, mais des volumes qui ne suivent pas toujours la vitesse à laquelle la marque gagne en crédibilité.


Ce que ce Cube change dans l’équation
Après ce test, il devient franchement compliqué de défendre certains vélos vendus deux ou trois fois plus cher avec un montage équivalent. Pas impossible, parce qu’il reste des différences de cadre, de finition, de prestige, parfois de performance pure. Mais compliqué.
Le Nuroad C:62 EXC n’est pas seulement un bon vélo pour son prix. C’est un très bon vélo, tout court, avec un prix qui remet les choses à leur place.
J’ai pris autant de plaisir sur cette machine que sur des modèles concurrents bien plus chers. Et c’est peut-être la phrase la plus importante de ce test. Si vous êtes un cycliste rationnel, attaché au comportement autant qu’à la fiche technique, ce Cube fait partie des gravel carbone les plus difficiles à ignorer aujourd’hui.








