Depuis son rachat par SRAM en mars 2022, Velocio n’est plus seulement une marque textile premium parmi d’autres. Intégrée au groupe qui réunit déjà des acteurs majeurs comme RockShox, Zipp ou Hammerhead, elle bénéficie désormais de moyens et d’une structure capables de soutenir des développements techniques plus ambitieux.
Avec sa gamme hiver ZERO, Velocio affiche justement une ambition claire : proposer des vêtements capables d’affronter le froid, l’humidité et les conditions difficiles, tout en conservant une coupe moderne et une approche technique pointue. Les plages de températures annoncées sont larges, parfois très optimistes, et les tarifs positionnent clairement la marque sur un segment premium.
Les points forts :
- Qualité de fabrication élevée
- Bonne prise en compte de l’anatomie féminine
- Style sobre et abouti
- Pas d’utilisation de PFAS
À améliorer
- Plages de températures annoncées trop optimistes
- Sizing peu précis, et variable selon les produits
J’ai testé plusieurs pièces de cette gamme sur plusieurs mois, lors de sorties hivernales variées, entre 0 et 10 °C, avec du dénivelé, des phases d’effort soutenu et de longues descentes. L’objectif était simple : confronter les promesses techniques aux conditions réelles de roulage.
Women’s Alpha Zero Jacket : une protection frontale convaincante, une respirabilité en retrait
Présentée comme la pièce la plus protectrice de la gamme, la Alpha Zero Jacket se veut capable d’affronter des conditions très froides, avec une construction différenciée et une isolation ciblée.


Construction, matériaux et coupe
La veste combine :
- une doublure polaire épaisse sur l’avant, le col et l’avant des manches,
- un dos et l’arrière des bras non doublés,
- un zip double sens avec rabat coupe-vent,
- de larges poches pensées pour l’hiver.


À noter également un point important sur le plan environnemental : Velocio conçoit ses textiles sans recours aux PFAS. Un choix encore peu courant dans le vêtement technique hivernal, qui implique des partis pris sur les traitements déperlants, mais qui s’inscrit dans une démarche de conception plus responsable.


La couleur Marigold, un jaune tournesol affirmé associé à des détails bleu marine, participe aussi à l’identité de la veste. Elle offre une excellente visibilité en conditions hivernales sans recourir à des teintes fluorescentes, un compromis réussi entre sécurité et esthétique.
Usage terrain et gestion thermique
Dès l’enfilage, la veste procure une sensation immédiate d’abri. La protection frontale est très efficace : le vent est bien coupé, y compris en descente, et la chaleur est conservée sur le torse et les bras.
Les poches arrière, très spacieuses, se montrent particulièrement pratiques en hiver. Leur volume et leur facilité d’accès sont un vrai plus, très appréciable.


En revanche, la respirabilité du dos apparaît comme la principale limite. L’humidité s’accumule rapidement à l’arrière (condensation et transpiration). Malgré l’absence de doublure, l’évacuation reste insuffisante, ce qui peut entraîner une sensation de dos humide, puis de refroidissement lorsque l’intensité baisse.
Guide des tailles & coupe de la veste
Sur le plan du sizing, le guide Velocio se montre peu fiable. Le guide des tailles me recommandait une taille S, mais l’observation des visuels produit a permis d’affiner le choix : la mannequin, mesurant environ 13 cm de plus que moi avec une morphologie similaire, portait une taille XS. Dans ce contexte, opter pour une taille XXS s’est révélé judicieux.


Même ainsi, la veste conserve un volume important au niveau du haut du dos et des aisselles, avec une coupe très marquée en V : cintrée à la taille, large sur l’arrière. Ce parti pris apporte du confort et de la place pour superposer des couches, mais peut surprendre visuellement, notamment lorsqu’on est debout à l’arrêt.
Températures annoncées vs usage réel
La plage annoncée (-18 à 4 °C) semble très optimiste. En pratique :
- entre 0 et 6°C, la veste seule ne suffit pas : un coupe-vent supplémentaire est nécessaire,
- entre 6 et 10 °C, avec un simple base layer, l’équilibre est satisfaisant,
- la plage d’utilisation réaliste se situe plutôt entre 0° et 8 °C, selon l’intensité.


À 275 €, la protection frontale est au rendez-vous et les finitions sont soignées, mais le sizing et la respirabilité du dos limitent l’ensemble.
Women’s Deep Winter Baselayer : une couche de base logique, mais à bien associer
Pensé comme une première couche pour les sorties hivernales, le Deep Winter Baselayer vise à trouver un compromis entre isolation frontale et respirabilité dorsale, pour accompagner l’effort lorsque les températures passent sous les 10 °C.
Côté conception, on retrouve :
- matière plus épaisse et isolante à l’avant, pour protéger le buste du froid et du vent,
- zone dorsale plus légère, en mesh à base de laine mérinos, dédiée à l’évacuation de l’humidité.


Coupe et sizing
Contrairement à la veste Alpha Zero, le sizing s’est montré plus cohérent sur ce produit. Une taille XS s’est révélée adaptée (là où la veste nécessitait de descendre en XXS).


À noter cependant : le base layer est relativement court. Il ne descend pas très bas dans le dos, ce qui convient bien aux gabarits plus petits, mais pourra être plus limitant pour les personnes avec un buste long, notamment en position aéro prolongée sur le vélo.
Sur le terrain
Porté à même la peau, le base layer est confortable et se fait rapidement oublier. Il remplit correctement son rôle de couche thermique de base, aussi bien seul sous une veste que dans un empilement à trois couches (base layer + veste + coupe-vent).


Sa respirabilité est bien réelle, mais son efficacité dépend fortement de la couche externe. Associé à la Alpha Zero Jacket, il se heurte à la respirabilité limitée de cette dernière au niveau du dos, ce qui freine l’évacuation globale de l’humidité lors des phases d’effort soutenu.


Proposé à 113,95 €, le Deep Winter Baselayer est une première couche cohérente et bien conçue, agréable à porter et efficace dans un système de couches bien choisi. Un peu plus chaud qu’un base layer en mérinos, son intérêt est en revanche conditionné par la veste associée : pour en tirer le meilleur, mieux vaut l’utiliser sous une couche externe réellement respirante.
Women’s ZERO Bib Tight : bien conçu, mais pas taillé pour le très froid
Le ZERO Bib Tight est présenté comme un cuissard hivernal protecteur, intégrant doublure polaire, traitement déperlant et plusieurs détails pensés pour les conditions froides (moins de 7°C).
Le cuissard est entièrement doublé, avec une matière extérieure déperlante et une couche isolante interne argentée, responsable d’un aspect légèrement brillant en mouvement. La coupe est correcte et le sizing globalement cohérent.


Conception
Velocio intègre ici son système FlyFree : des bretelles larges, croisées dans le dos, conçues pour permettre des « pauses physiologiques » sans avoir à retirer le cuissard ou les couches supérieures. À l’usage, l’intérêt reste limité.
De plus, les bretelles ont tendance à se vriller et sont difficiles à repositionner seule puisqu’elles se croisent entre les deux omoplates.
Le plastron frontal, lui, remonte haut et évite la compression au niveau du ventre : un bon point pour le confort sur la durée.


Le cuissard se distingue aussi par des détails bien vus : deux poches cargo latérales pratiques l’hiver, des éléments réfléchissants bien visibles à l’arrière des jambes, et un système de guêtre au niveau des chevilles, qui limite les entrées d’air et facilite l’enfilage des surchaussures.
Sur le terrain
Autour de 0 °C, l’isolation est correcte tant que l’effort reste continu. La peau de chamois se montre confortable sur la durée, et le plastron frontal évite toute sensation de pression au niveau du ventre en position de pédalage. Les poches cargo, spacieuses et bien maintenues, accueillent sans problème téléphone, barres ou gels, sans ballottement.
En revanche, lors de descentes prolongées, même à 5 °C, le froid finit par traverser le tissu. Ce n’est donc pas un cuissard destiné aux conditions hivernales les plus exigeantes.


À 243,95 €, le ZERO Bib Tight est un cuissard fonctionnel et bien pensé, mais dont l’isolation reste insuffisante pour les sorties vraiment froides ou alpines. Il conviendra davantage à une pratique hivernale modérée qu’aux journées les plus rudes.
ZERO Gloves : une vraie réussite thermique, avec une limite sur la durée
Les ZERO Gloves sont annoncés comme les gants les plus chauds de la gamme, avec une construction orientée vers la protection maximale.
- softshell extérieure imperméable,
- isolation Primaloft,
- doublure légère favorisant la rétention d’air chaud.


À 0 °C, la chaleur est immédiate et durable. Lors des premières minutes, j’ai même eu trop chaud aux mains, avant que l’équilibre thermique ne s’installe. L’épaisseur entraîne une légère perte de sensibilité, logique pour ce niveau d’isolation, mais sans gêner le pilotage ni le freinage.
Sur la durée, une légère sensation de froid finit toutefois par apparaître au bout des doigts, sans jamais devenir réellement inconfortable. Cela reste très dépendant de l’intensité et du temps passé dehors, mais c’est un point à garder en tête pour les sorties longues par températures proches de zéro.


Les détails sont bien pensés : zone douce sur le pouce pour s’essuyer le visage, serrage poignet efficace pour limiter les entrées d’air et facilitant l’enfilage par-dessus la veste. Un produit cohérent, efficace et globalement très abouti.


ZERO Shoe Covers : une protection intéressante, pénalisée par l’ergonomie
Conçues pour les journées froides et humides, ces surchaussures misent sur une construction textile doublée et renforcée.
- doublure intérieure chaude,
- zones renforcées au talon et à l’avant,
- zip latéral robuste,
- éléments réfléchissants très visibles,
- compatibilité SPD et route.


Sur le sizing, les cyclistes aux mollets plutôt larges auront tout intérêt à envisager une taille supérieure. Dans mon cas, la taille S était tout simplement impossible à fermer seule : le mollet est très serré et la fermeture éclair ne remonte pas sans l’aide d’une autre paire de mains. En passant sur la taille au-dessus, l’enfilage devient enfin possible, mais l’ajustement est moins net sur la chaussure, avec davantage de plis.
À noter en revanche la très bonne qualité de construction : malgré de nombreuses tentatives et de fortes contraintes, la fermeture éclair comme les coutures n’ont montré aucun signe de faiblesse.


La protection thermique est correcte, mais reste en retrait par rapport à des modèles en néoprène. Autour de 0 °C, le froid commence à se faire sentir après environ une heure.
Ces surchaussures se montrent en revanche très convaincantes sur les journées fraîches plutôt que réellement froides, avec un bon maintien et un rendu visuel soigné sur la chaussure. L’ajustement est propre et efficace, à condition toutefois de prêter attention au sizing si l’on a des mollets larges, sous peine de compliquer l’enfilage.


Velocio Renewed : une démarche intéressante, encore limitée
Dans une logique de durabilité, Velocio a également lancé le programme Velocio Renewed, qui consiste à reconditionner et revendre des produits déjà utilisés ou présentant de légers défauts, après inspection, nettoyage et remise en état. L’idée est simple : prolonger la durée de vie des vêtements et limiter l’impact environnemental lié à la production textile.


Pour l’instant, ce programme est réservé au marché américain, ce qui limite fortement son accessibilité pour les cyclistes européens. Il n’en reste pas moins intéressant sur le fond : à l’échelle d’une marque positionnée sur le segment premium, proposer une seconde vie aux produits va clairement dans le bon sens.
Mon avis sur Velocio
La gamme hiver Velocio ZERO reflète une vraie ambition technique et un niveau de finition élevé, avec des choix de conception souvent pertinents. Certains produits, comme les ZERO Gloves ou le Deep Winter Baselayer, se montrent particulièrement convaincants dans leur usage réel. D’autres, en revanche, peinent à tenir l’ensemble des promesses annoncées, notamment en matière de plages de températures.


















Compte tenu de tarifs très élevés, cette gamme appelle forcément un niveau d’exigence supérieur. Velocio propose des pièces intéressantes et bien finies, mais qui demandent d’être choisies avec discernement et correctement associées, plutôt que considérées comme une solution clé en main pour affronter le grand froid.


















3 réponses
Bonjour, vous devriez demander à votre mannequin essayeuse de porter des gants d’hiver lorsqu’elle roule et qu’elle en fait le compte rendu car je finis par croire que ces tenues sont plutôt printanière qu’hivernale.
Bonjour Pascal,
Promis, le mannequin ne fait pas que poser, elle roule (fort) vraiment 😄
Plus sérieusement, l’article précise bien le contexte de test. Toutes les tenues “hiver” ne sont pas conçues pour -5°C, surtout pour des sorties dynamiques.
L’idée est d’aider chacun à choisir en fonction de son usage, pas de faire croire qu’on roule en janvier en tenue mi-saison.
Bonjour Pascal,
Je vous invite à lire l’article dans son intégralité : j’y détaille précisément les conditions de test, qui étaient bel et bien hivernales (températures, vent, humidité, etc.). Le test repose sur plus de 1000km dans ces conditions.
Les photos, par définition, illustrent un instant T ; les conditions réelles de test sont détaillées dans le corps de l’article. C’est naturellement sur ces éléments qu’il convient de s’appuyer pour juger du caractère hivernal de la tenue.
D’ailleurs, pour la petite histoire, les photos ont été prises pendant l’ascension de cols. C’est au contraire de bonne presse pour les gants Velocio : j’avais si chaud en grimpant avec les gants, que je les ai enlevés! 😉
Bonne lecture.