Nous suivons Velor depuis ses débuts, ou presque. La marque n’est pas arrivée sur le marché avec un simple discours “éco-responsable” posé sur une fiche produit : elle a rapidement construit une approche assez cohérente autour de la production européenne, de la précommande, de la traçabilité et du recyclage.
Avec RELOV, Velor pousse cette logique plus loin. Le principe est simple à comprendre, beaucoup moins simple à industrialiser : fabriquer un maillot de cyclisme à partir de déchets textiles recyclés en nouvelles fibres, avec l’idée de pouvoir le recycler à nouveau en fin de vie.
Les points forts :
- Concept vertueux unique au monde
- Nombreuses poches, dont une zippée
- Prix cohérent au regard de la fabrication européenne et de la filière utilisée
À améliorer
- Légèrement plus lourd que certains maillots très légers
Et il y a un détail assez amusant dans mon cas : parmi les fibres utilisées, il y a peut-être une partie des vieux maillots que j’avais envoyés à Velor il y a plusieurs mois, dans le cadre de son programme de recyclage de maillots cyclistes.


RELOV, ou la suite logique du projet Velor
Velor présente RELOV comme son premier maillot 100 % circulaire. Derrière cette formule, il ne faut pas comprendre que le produit n’a aucun impact, mais plutôt qu’il s’inscrit dans une boucle plus complète que celle d’un maillot classique : collecte, tri, recyclage chimique, filage, tricotage, confection, puis recyclabilité en fin de vie.
La matière principale repose sur 85 % de polyester recyclé issu de déchets textiles, complétée par 10 % d’élasthanne et 5 % d’autres composants comme les zips, bandes silicone et finitions. Le point important, ici, c’est que Velor ne parle pas seulement de bouteilles plastiques transformées en textile, mais bien de textiles usagés réintégrés dans une nouvelle fibre.


C’est une nuance majeure. Dans le cyclisme, les maillots sont souvent composés de mélanges techniques difficiles à traiter. Polyester, élasthanne, finitions, zips, bandes siliconées : tout cela complique fortement la fin de vie du produit. Velor travaille donc avec une filière de glycolyse, un procédé de recyclage chimique qui décompose le polyester avant de recréer une fibre de qualité équivalente au vierge.
La chaîne reste européenne : collecte en France et aux Pays-Bas, tri en France, recyclage en Allemagne et en Espagne, filage et tricot en Espagne, confection au Portugal. Sur le papier, c’est exactement le type d’approche que nous avions déjà creusé dans notre article sur l’analyse de cycle de vie d’un maillot de cyclisme.


Ce projet n’est d’ailleurs pas né en quelques mois. Lors de la présentation officielle, Velor a expliqué travailler sur cette filière depuis près de cinq ans. Une durée qui donne une idée de la complexité du sujet. Identifier les partenaires capables de recycler des textiles techniques, construire une chaîne de collecte, valider la faisabilité en laboratoire puis passer à l’échelle industrielle : chaque étape a nécessité des développements spécifiques.
La marque raconte avoir franchi un premier cap en 2023 avec une preuve de concept réalisée en laboratoire. En 2024, environ 300 anciens maillots ont été recyclés afin de produire les premiers prototypes fonctionnels. Une étape symbolique mais importante : pour la première fois, d’anciens maillots de vélo redevenaient… des maillots de vélo.
Fin 2025, Velor affirme avoir collecté près de 1,5 tonne de déchets textiles sportifs. Une quantité modeste à l’échelle de l’industrie textile, mais suffisante pour démontrer que cette boucle de recyclage peut fonctionner dans des conditions réelles.
Une démarche validée
Sur les sujets environnementaux, les marques avancent souvent des chiffres difficiles à vérifier. Velor a choisi une approche plus intéressante en travaillant avec une doctorante de l’Université de Maastricht spécialisée dans l’analyse de cycle de vie (ACV).
L’étude, publiée dans une revue scientifique, visait à mesurer précisément les impacts du projet RELOV : émissions de CO₂, consommation d’énergie et utilisation des ressources.
Le résultat avancé par Velor est particulièrement ambitieux : 0,894 kg de CO₂ par maillot RELOV, contre environ 3 à 4 kg pour un maillot de cyclisme plus conventionnel fabriqué à partir de polyester vierge et dans une chaîne de production plus mondialisée.
Ces chiffres mériteraient évidemment d’être confrontés à d’autres méthodologies et à des analyses indépendantes, mais ils donnent un ordre de grandeur intéressant. Plus encore que le chiffre brut, c’est surtout la transparence de la démarche qui retient l’attention.
Deux coloris très réussis, une vraie qualité perçue
Le maillot est proposé en deux coloris : Dunes et Forest. Je vais être assez direct : les deux sont magnifiques. J’ai eu énormément de mal à choisir, ce qui est plutôt bon signe pour un produit qui aurait pu tomber dans une esthétique trop sage ou trop “produit manifeste”.
Velor a évité cet écueil. RELOV ne ressemble pas à un prototype durable que l’on porterait par conviction en acceptant un compromis esthétique. C’est un beau maillot de vélo, point.


La qualité perçue est également très sérieuse. Le tissu a un peu plus de présence que certains maillots ultra légers du marché, mais il ne donne pas une impression grossière ou épaisse. Les finitions sont propres, la fermeture YKK recyclée est de qualité, et l’ensemble reste dans l’esprit Velor : sobre, technique, bien exécuté.
Ce n’est pas un maillot aero de compétition pure, ni un maillot minimaliste de plein été. Il se place plutôt dans une zone intéressante : un maillot premium, polyvalent, proprement construit, avec une vraie cohérence entre le discours et le produit.
Une coupe ajustée, mais pas extrême
Sur le vélo, la coupe est ajustée sans être excessivement fit. On est bien sur un maillot de cyclisme moderne, près du corps, mais pas sur une pièce de course ultra compressive qui impose une morphologie très précise.
Le maintien au niveau des bras est excellent. Il est même légèrement compressif, dans le bon sens du terme : les manches restent bien en place, sans flottement, avec une sensation de tenue assez premium. C’est souvent là que l’on distingue un maillot simplement correct d’un maillot vraiment abouti.


La taille, elle, reste confortable. Le maillot plaque suffisamment pour éviter les poches d’air et garder une silhouette propre, mais il ne donne pas cette impression d’être enfermé. Pour les longues sorties, c’est probablement le bon compromis.


À l’arrière, Velor a prévu de nombreuses poches, dont une zippée. C’est un détail que j’apprécie beaucoup, surtout sur un maillot pensé pour un usage réel, pas seulement pour faire joli sur une fiche produit.
Respirabilité : pas le plus aérien, mais loin d’être étouffant
Sur le papier, RELOV n’est probablement pas le maillot le plus respirant du marché. Le tissu paraît légèrement plus dense que certains homologues très orientés chaleur extrême, et la construction circulaire impose peut-être encore quelques limites par rapport aux textiles les plus aériens.
Mais c’est là que le terrain nuance la fiche technique. Je l’ai porté pendant la semaine de canicule qui a frappé la France fin mai, et je n’ai pas souffert de la chaleur. Le maillot est un peu plus lourd que certains modèles très légers, oui. Mais il ne m’a pas donné l’impression de garder l’humidité ou de devenir pénible dès que la température monte.


Velor annonce une plage d’utilisation de 16 °C à 32 °C. D’après cette première utilisation par forte chaleur, cette plage semble cohérente, à condition de ne pas attendre d’un maillot circulaire qu’il se comporte comme une pièce ultra minimaliste taillée uniquement pour la haute montagne en plein mois d’août.
Autrement dit : il respire correctement, sèche suffisamment vite, et reste agréable à porter. Ce n’est pas le maillot le plus aérien que j’ai eu entre les mains, mais le compromis entre confort, maintien et construction durable est très convaincant.
Et comme le souligne l’ancien cycliste pro Anthony Roux, « un maillot circulaire n’a d’intérêt que s’il reste un bon maillot ». Coupe, confort, esthétique, usage par tous les temps : le produit ne peut pas se contenter d’être « vertueux » sur le papier.


Le prix de 139 € change la lecture du produit
À 139 €, RELOV n’est pas un maillot entrée de gamme. Mais il n’est pas non plus placé dans la zone délirante de certains textiles premium actuels, alors même qu’il embarque une filière de recyclage complexe et une production européenne.
C’est sans doute l’un des points les plus intéressants du lancement. Velor aurait pu faire de RELOV un produit vitrine, très cher, presque symbolique. La marque choisit plutôt un prix qui reste élevé, mais cohérent avec un bon maillot technique moderne.


Pour replacer le produit dans l’univers Velor, nous avions déjà testé plusieurs pièces de la marque dans notre test des tenues Velor. RELOV donne l’impression de franchir une étape supplémentaire : moins dans le discours, davantage dans la preuve industrielle.


Ce tarif prend également une autre dimension lorsque l’on comprend les contraintes industrielles du projet. Velor explique avoir payé sa matière première environ onze fois plus cher que sur un maillot polyester classique. La marque indique également avoir accepté une marge significativement réduite afin de rendre le projet commercialement accessible.
Cela ne transforme pas 139 € en produit abordable pour tout le monde, mais cela permet de mieux comprendre pourquoi une démarche de circularité réelle reste aujourd’hui difficile à généraliser à grande échelle.


Une avancée crédible, pas une baguette magique
Il faut rester lucide : un maillot circulaire ne rend pas le cyclisme neutre, ni la consommation textile miraculeusement propre. Le meilleur vêtement reste souvent celui que l’on garde longtemps, que l’on entretient correctement et que l’on ne remplace pas tous les six mois pour une nouvelle couleur.
Mais Velor apporte ici quelque chose d’assez rare : une tentative crédible de boucler la boucle sur un vêtement technique, sans sacrifier totalement le confort, l’esthétique ou la qualité d’usage.




C’est précisément ce qui rend RELOV intéressant. Le produit ne demande pas au cycliste de choisir entre conviction et plaisir de rouler. Il propose un vrai maillot, bien coupé, agréable, beau, avec une histoire industrielle plus solide que la moyenne.
Et dans un marché où le mot “recyclé” est parfois utilisé comme un simple argument marketing, ce niveau de cohérence mérite d’être regardé de près.
















Une réponse
Perso je cherche un maillot gravel moins tipé route plus au vent avec poches dans le dos et je ne trouve pas,si vous avez je suis intéressé.