J’ai eu l’occasion de tester le Campagnolo Super Record X sur le Colnago G4X. Et forcément, le contexte est intéressant.
D’abord parce qu’on avait déjà testé l’an dernier la version route de cette transmission. Ensuite parce qu’avec les groupes électroniques, le produit que l’on teste à sa sortie n’est pas toujours exactement celui que l’on retrouve quelques mois plus tard. Mises à jour, ajustements logiciels, ergonomie d’usage : tout peut évoluer.
Et c’est précisément ce qui rend ce Super Record X intéressant. On retrouve beaucoup de points communs avec le Super Record 13 route, mais Campagnolo a bien compris qu’un groupe gravel ne pouvait pas être une simple adaptation cosmétique.
Les points forts :
- Finitions superbes
- Freinage excellent
- Nano Clutch convaincant
- Braquets gravel bien pensés
À améliorer
- Tarif très élevé
- Seulement 4 longueurs de manivelles
Une esthétique toujours aussi soignée
D’un point de vue esthétique, il n’y a pas grand-chose à redire. Les pièces sont magnifiques, bien finies, avec ce soin du détail propre à Campagnolo.
Sur un vélo de route, le dérailleur arrière Super Record peut paraître assez massif. Sur un gravel, l’équilibre visuel fonctionne mieux. Le gabarit s’intègre davantage à l’ensemble, surtout sur un vélo comme le Colnago G4X, déjà très typé performance.


Le Nano Clutch change vraiment la logique gravel
La principale différence avec la version route se situe au niveau du dérailleur arrière.
Campagnolo ajoute ici son Nano Clutch, un embrayage miniaturisé pensé pour maintenir une meilleure tension de chaîne sur terrains irréguliers. C’est évidemment indispensable sur un groupe 1x destiné au gravel. Campagnolo propose aussi une compatibilité avec des cassettes jusqu’à 48 dents, un balancier carbone de 92,5 mm, deux galets différenciés de 12 et 16 dents, ainsi qu’une batterie amovible donnée pour jusqu’à 750 km d’autonomie.


Sur le terrain, le résultat est convaincant. Les vitesses passent très bien. Je n’ai pas eu de saut de chaîne, ni besoin de reprendre les réglages après plusieurs utilisations. Même sur des terrains assez accidentés, rien ne semble bouger.
C’est peut-être moins spectaculaire à raconter qu’une fiche technique, mais c’est exactement ce qu’on attend d’un groupe gravel haut de gamme : que ça fonctionne, sans qu’on ait à y penser toutes les deux sorties.


Un point mérite d’être souligné : le réveil du vélo semble désormais plus simple.
Sur les premières versions du groupe route, réveiller le dérailleur arrière pouvait parfois être un peu pénible. Campagnolo avait mis en place une sécurité pour éviter que la batterie ne se vide à l’arrêt, notamment lors de petits mouvements du vélo pendant un transport.
Sur ce Super Record X, je n’ai pas retrouvé cette contrainte de la même manière. L’expérience est plus fluide, plus naturelle. C’est aussi l’intérêt d’une transmission électronique moderne : le produit peut progresser après sa sortie.
Un pédalier superbe, mais encore limité en longueurs
Le pédalier est probablement l’une des plus belles pièces du groupe. Dans la version testée, il intégrait le capteur de puissance Campagnolo HPPM, avec 16 jauges de contrainte et un gyroscope. Campagnolo annonce une précision de ±1 %. Le pédalier Super Record X Power Meter est affiché à 1 905 € seul, avec des manivelles carbone et des plateaux aéro disponibles de 38 à 52 dents selon les configurations.
Visuellement, c’est très réussi. Les plateaux pleins s’intègrent bien aux manivelles carbone. On est sur une pièce haut de gamme, assumée comme telle.
Le seul vrai regret concerne les longueurs de manivelles. Campagnolo propose 165, 170, 172,5 et 175 mm. C’est suffisant pour beaucoup de cyclistes, mais cela reste moins inclusif que ce que peut proposer SRAM sur certaines gammes, notamment pour les pratiquants qui cherchent des longueurs plus courtes.
Des braquets bien pensés
Campagnolo propose deux cassettes pour ce Super Record X : 9-42 et 10-48. J’ai roulé avec la cassette 10-48 associée à un plateau de 38 dents.
Sur le papier, la plage est cohérente pour le gravel. Dans les faits, c’est surtout le choix du plateau qui conditionne l’expérience.
Avec un 38 dents, je me suis retrouvé un peu limité sur les portions très roulantes. Pas forcément parce que le développement est inutilisable, mais parce que la ligne de chaîne n’était pas idéale sur les parties rapides, surtout sur un vélo aussi performant que le Colnago G4X.


On le voit très bien sur cette photo : la majorité du test s’est déroulée sur les 6 plus petits pignons 😅 !
Heureusement, Campagnolo propose plusieurs dentures jusqu’à 52 dents. Et c’est là que le groupe devient intéressant : il permet vraiment d’adapter le montage à sa pratique. Pour un usage gravel sportif, roulant, voire orienté course, je partirais clairement sur plus gros que 38 dents.


Autre bonne nouvelle : Campagnolo revient à une chaîne 13 vitesses plus standard, avec un maillon rapide.
Ce n’est pas le détail le plus sexy du groupe, mais c’est important. Montage, démontage, entretien, dépannage : tout devient plus simple. Et sur une transmission gravel, ce genre de détail compte vraiment.
Le freinage reste une référence
Les étriers sont les mêmes que sur le groupe route. Et on retrouve instantanément les mêmes sensations.
Le freinage est puissant, progressif, homogène. Les plaquettes reviennent rapidement en place, l’ensemble ne donne pas l’impression de chauffer, et la constance reste très bonne au fil des sorties.
C’est l’un des gros points forts de ce groupe. En gravel, où l’on alterne souvent freinages longs, petites corrections et descentes plus cassantes, cette stabilité inspire confiance.


Les poignées Ergopower trouvent plus de sens en électronique
Le retour de la commande Ergopower sur le Super Record 13 avait beaucoup fait parler. Sur le papier, Campagnolo revient à une forme de signature historique. Dans l’usage, je la trouve plus pertinente sur cette transmission électronique que sur l’ancien groupe Ekar.


Le bouton est facilement actionnable, même main dans le creux du cintre. Couplé au petit bouton à l’intérieur des cocottes, l’ensemble devient agréable et assez naturel après un temps d’adaptation.
Comme chez Shimano avec le GRX Di2, il faut cependant accepter l’idée d’avoir la commande à droite uniquement dans la configuration monoplateau. La manette gauche sert uniquement à freiner. Il reste possible de monter une manette gauche avec commande électronique, mais ce n’est pas la configuration standard du groupe.
Ce choix ne plaira pas à tout le monde. Mais dans l’usage, on s’y fait assez vite.


My Campy 3.0 progresse aussi
L’application My Campy 3.0 fait partie de l’expérience globale. Et sur ce point, Campagnolo est plutôt bien placé.
L’application permet de gérer les réglages, la configuration et le suivi des composants. L’UX est agréable, claire, et plutôt meilleure que ce que l’on peut parfois retrouver à la concurrence.
C’est un point important, car sur un groupe électronique haut de gamme, le logiciel ne doit pas être un détail. Quand tout passe par l’application, celle-ci doit être fiable, lisible et simple à utiliser.
Campagnolo n’a plus à rougir face à Shimano et SRAM
Avec ce Super Record X, et plus récemment l’arrivée du Record 13 plus abordable, Campagnolo revient dans une position plus crédible face à Shimano et SRAM. Le nouveau Record 13 reprend une partie de la plateforme 13 vitesses avec des matériaux moins exclusifs et des tarifs plus bas, ce qui confirme une volonté d’élargir l’offre.


Sur le très haut de gamme, Super Record X tient son rang. La finition est superbe, le freinage excellent, les braquets bien pensés, et le fonctionnement terrain est sain.
Le prix reste évidemment un sujet. À partir de 3 375 € pour le groupe complet, on est sur un produit élitiste. Et selon les configurations, notamment avec capteur de puissance, l’addition grimpe vite.
Mon avis sur cette transmission
Ce Campagnolo Super Record X est un très beau groupe gravel. Pas seulement parce qu’il est bien fini ou parce qu’il coûte cher, mais parce qu’il fonctionne avec une vraie cohérence terrain.
Le freinage est excellent, la transmission est précise, le Nano Clutch joue son rôle, et l’ensemble donne une impression de solidité dans l’usage. Campagnolo a aussi corrigé une partie des petites frustrations rencontrées sur le lancement du Super Record 13, notamment autour du réveil du système.




⚡️ 13 vitesses • ⚙️ Choix du développement • 🔋 Batteries amovibles
Tout n’est pas parfait. Le tarif reste réservé à une clientèle très haut de gamme, les longueurs de manivelles pourraient être plus variées, et le choix du plateau sera déterminant pour ne pas brider le vélo.
Mais sur un montage sportif comme le Colnago G4X, le Super Record X a du sens. C’est beau, agréable, précis, et enfin pleinement crédible face aux références Shimano et SRAM.
Campagnolo n’est plus seulement une alternative de passionné : avec ce groupe, la marque revient sérieusement dans le match gravel performance.














