Alugear n’est pas la marque la plus visible du marché. Pourtant, ce fabricant polonais s’est fait une spécialité des composants usinés CNC haut de gamme : plateaux, manivelles ou accessoires.
Nous avons testé deux de leurs produits : les manivelles Vega AL Road/Gravel en 150 mm et le plateau Aero Round Golf Ball en 40 dents, tous deux compatibles avec l’interface SRAM à huit vis. Deux pièces très différentes dans leur usage mais qui partagent la même philosophie : des composants techniques usinés avec un haut niveau de finition.
Au-delà de l’objet lui-même, ce test a surtout été l’occasion d’aborder un sujet encore relativement peu discuté : l’intérêt des manivelles très courtes, ici en 150 mm.
Les points forts :
- Finition CNC et qualité de fabrication remarquables
- Longueurs de manivelles rares (150 à 175 mm)
- Compatibilité simple avec l’écosystème SRAM
À améliorer
- Poids des manivelles relativement élevé
- Pas de solution de manivelles plus courtes pour Shimano
Présentation des manivelles Alugear Vega AL
Les Vega AL Road/Gravel sont des manivelles usinées CNC en aluminium 7075-T6, un alliage reconnu pour son excellent rapport rigidité-poids et fréquemment utilisé dans l’aéronautique.


Dans la configuration testée, elles utilisent l’interface SRAM DUB avec un Q-factor de 145 mm et une ligne de chaîne de 45 mm. En longueur de 150 mm, la paire de manivelles avec l’axe DUB affiche un poids de 504 grammes. Ce ne sont clairement pas les manivelles les plus légères du marché, puisqu’elles sont usinées à partir d’un bloc d’aluminium (et non pas fabriquées en carbone comme les manivelles Sram Force ou RED par exemple).
Ces manivelles sont compatibles avec les plateaux SRAM à huit vis (comme les plateaux SRAM D1 et E1 par exemple), que ce soit en mono ou en double plateau. Elles peuvent également fonctionner avec certains capteurs de puissance Quarq ou Spider.
Ce qui distingue Alugear, c’est l’étendue des longueurs proposées, de 150 à 175 mm. Une plage encore relativement rare sur le marché, où la plupart des gammes commencent plutôt autour de 160 mm.


La fabrication repose sur un usinage CNC suivi d’une anodisation. Plusieurs couleurs sont proposées, dont le noir, le bleu ou encore le rouge. Les vis de fixation fournies sont en titane, un détail qui participe à la qualité perçue de l’ensemble.


La marque annonce par ailleurs une garantie de six ans, accompagnée d’un programme de remplacement en cas d’accident à vélo.
Montage : simple et rapide
Les produits Alugear sont fabriqués en Pologne. Le packaging est soigné et le produit arrive très bien protégé.
L’installation ne pose pas de difficulté particulière : le principe consiste simplement à démonter le pédalier existant puis à retirer les huit vis qui relient la manivelle droite au plateau. La manivelle côté plateau est alors remplacée, tandis que l’autre côté est livré avec l’axe DUB déjà monté.


Une fois l’ensemble repositionné, le pédalier se remonte comme un pédalier SRAM classique. Dans mon cas, l’objectif était d’intégrer ces manivelles sur un double plateau SRAM Rival E1, tout en conservant une esthétique homogène en noir.
Une finition particulièrement soignée
Au-delà des caractéristiques techniques, ce qui frappe immédiatement avec ces manivelles, c’est la qualité de fabrication. L’usinage est très propre, les arêtes sont nettes et l’anodisation parfaitement homogène.


On est clairement face à un produit qui s’adresse aux cyclistes sensibles aux belles pièces. Les Vega AL respirent la précision et la qualité, avec un niveau de finition que l’on rencontre plus souvent dans l’univers des composants artisanaux que dans celui des productions industrielles.


Dans mon cas, l’intégration avec le pédalier SRAM s’est faite sans aucune difficulté et l’ensemble reste très cohérent visuellement. Le fait que plusieurs couleurs soient disponibles peut aussi intéresser ceux qui souhaitent personnaliser leur vélo ou réaliser un montage unique.
Pourquoi passer à des manivelles de 150 mm ?
Ce test a surtout été l’occasion d’expérimenter une longueur de manivelle rarement proposée : 150 mm.
Je mesure 1,60m et mon bike fitter lors de mes études posturales me recommandait depuis plusieurs années de raccourcir la longueur de manivelles à cause de douleurs persistantes. Jusqu’à présent, j’utilisais des manivelles de 160 mm, ce qui correspondait au minimum disponible chez SRAM (jusqu’à la mise à jour récente). Mais cela restait malgré tout un peu long pour ma morphologie.


Avec des manivelles trop longues, le genou remonte davantage en haut du pédalage, ce qui ferme l’angle de hanche et peut provoquer un léger basculement du bassin à chaque rotation.
Sur les longues distances, ces micro-mouvements finissent par créer des frottements et de l’inconfort. Dans mon cas, cela se traduisait par des douleurs de selle, notamment un pincement latéral, malgré plusieurs changements de selle.


Le passage en 150 mm a clairement changé la situation. Les genoux remontent moins haut, l’angle de hanche reste plus ouvert et le bassin est beaucoup plus stable sur la selle. Les douleurs ont disparu et la sensation de stabilité sur le vélo est nettement meilleure.
Cela a également facilité l’adoption d’une position plus basse et plus agressive, en cohérence avec mes objectifs de performance. Le pédalage lui-même est devenu plus fluide, avec une sensation de pédalage plus “rond” et une meilleure sollicitation des muscles fessiers.


Évidemment, les manivelles plus courtes ne sont pas une solution universelle. Mais lorsque l’on roule sur un vélo en taille XXS, XS, voire S, la question mérite souvent d’être posée.
En effet, aujourd’hui encore, les vélos vendus complets ne proposent pas toujours des périphériques adaptés à la taille du cadre. Il n’est pas rare de voir un même modèle décliné du XXS au XL, tout en étant équipé de la même longueur de manivelles pour toutes les tailles. Pour l’illustrer autrement : cela revient à donner à tout le monde la même paire de chaussures, en pointure 46, qu’on fasse du 36, du 40 ou du 46.


La démocratisation des manivelles plus courtes, que ce soit dans le peloton professionnel ou chez les amateurs, relève donc davantage d’une évolution vers un meilleur respect de la biomécanique et des différentes morphologies, qu’un simple effet de mode.
Pendant longtemps, trouver des manivelles de 150 mm sans changer tout le pédalier était quasiment impossible. Dans ce contexte, les manivelles proposées par Alugear constituent une solution particulièrement intéressante, notamment pour les amatrices et amateurs de belles pièces.
Plateau Alugear Aero Golf Ball : une pièce esthétique assumée
Parlons désormais du plateau Alugear Round Aero Golf Ball, ici en 40 dents et compatible avec la fixation SRAM 8-bolt.
Comme les manivelles, il est usiné CNC dans de l’aluminium et fabriqué en Pologne. En 40 dents, le plateau affiche un poids annoncé de 118 grammes.
Le montage est tout aussi simple que celui des manivelles, puisqu’il suffit de retirer le plateau existant et de fixer celui-ci à la place, à l’aide des 8 vis. J’ai personnellement choisi de l’installer sur un gravel orienté performance afin de renforcer son esthétique “race”.


Un design inspiré des balles de golf
La particularité de ce plateau réside dans sa surface texturée inspirée d’une balle de golf. Le gain aérodynamique réside dans la forme des micro-cavités, censées limiter les turbulences de l’air autour de la pièce.


La pièce est magnifique, autant sur la face externe, que sur la face interne, qui elle est ajourée plus grossièrement pour réduire le poids global.
Il est évidemment difficile de mesurer un réel gain aérodynamique. En revanche, l’effet visuel est immédiat. La texture donne au plateau une identité très marquée et transforme clairement l’apparence du vélo.
Usure et comportement dans le temps
Le plateau est anodisé, ce qui signifie que la couleur repose sur un traitement de surface de l’aluminium. Comme souvent avec ce type de finition, l’usure apparaît progressivement sur les dents avec la friction de la chaîne.


Après 2 mois d’utilisation, à raison de 2 sorties par semaine, l’anodisation tient plutôt bien et les dents ne présentent pas encore de traces d’usure prononcées.
Au-delà de la question de l’aérodynamisme, ce plateau relève surtout du plaisir esthétique. C’est une pièce originale qui permet de personnaliser un vélo avec un composant très bien usiné et visuellement distinctif.


Alugear propose d’ailleurs des variantes pour d’autres transmissions, notamment chez Shimano, avec des solutions comme les aero covers qui viennent entourer les manivelles.


J’utilise aussi ce plateau en 48T, usage mono, en gravel. La chaîne reste bien en place, même sur des terrains exigeants. Sur les pignons extrêmes, la chaîne devient un peu plus bruyante qu’avec le plateau original mais cela reste insignifiant ou presque. Notez toutefois que ce plateau est proposé avec un offset (déport) différent en fonction de la denture.


Verdict : des composants d’excellente qualité
Les deux produits testés reflètent bien la philosophie d’Alugear : proposer des composants usinés avec une qualité de fabrication très élevée et une approche assez pointue du détail.
Les manivelles Vega AL sont clairement la pièce la plus intéressante du test. Elles permettent d’accéder à des longueurs peu courantes comme 150 mm, tout en restant compatibles avec l’écosystème SRAM existant. Dans mon cas, le changement de longueur a eu un impact réel sur la position, le confort et la qualité du pédalage.







Le plateau Aero Golf Ball s’inscrit davantage dans une logique de personnalisation et de plaisir esthétique. Sa fabrication est irréprochable et son design ne passe pas inaperçu, même si son intérêt reste avant tout visuel pour les plateaux de plus petites dimensions.







Au final, Alugear s’adresse aux cyclistes qui apprécient les belles pièces techniques ainsi que la personnalisation, et qui cherchent parfois des solutions que les grandes marques proposent encore peu.
















