Il y a des produits qu’on comprend en les montant sur le vélo. Et puis il y a ceux qu’il faut vraiment emmener dehors, charger inutilement, faire rouler plusieurs heures, secouer un peu, ouvrir, refermer, observer, écouter.
Le Tailfin SpeedPack fait clairement partie de cette deuxième catégorie.
Je l’ai reçu en début d’année, avec l’idée de le tester dans une logique de bikepacking léger, d’ultra ou de longues sorties où l’on veut emporter davantage qu’une simple veste sans transformer son vélo en mulet de voyage. Pour ce premier gros retour terrain, je l’ai monté sur un Cannondale Synapse, puis chargé volontairement plus que nécessaire sur une sortie de plus de 200 km en Vendée.
Les points forts :
- Stabilité excellente
- Finition très haut de gamme
- Structure carbone légère et rigide
- Système pertinent pour l’ultra et le bikepacking léger
À améliorer
- Prix très élevé
- Visserie variée qui impose un multitool complet
Clairement, pour une sortie à la journée, ce type de produit n’est pas indispensable. J’avais déjà une petite sacoche top tube et une sacoche de cadre. Mais justement, l’objectif n’était pas de rationaliser au maximum mon chargement du jour. L’objectif était de mettre le SpeedPack en situation, avec du poids, du volume, du vent, quelques chemins, et assez d’heures de selle pour comprendre ce qu’il apporte réellement.


Un système entre porte-bagages et sacoche stabilisée
Le SpeedPack est une sacoche arrière de 10 litres fixée sur une structure Tailfin. Dans la version testée ici, on parle de la déclinaison carbone, avec un poids annoncé de 700 g avec les Fast Release Dropouts, ou 778 g avec les supports de sacoches latérales.


La sacoche mesure 435 mm de long, avec une largeur arrière de 185 mm. Le volume principal est de 10 L, auquel s’ajoute une poche filet de 3 L sur le dessus. Cette poche peut sembler anecdotique sur la fiche technique, mais dans l’usage, elle devient vite très pertinente : veste de pluie, textile à enlever en cours de route, nourriture, sandwich du midi… C’est exactement le type d’espace accessible qu’on apprécie quand on ne veut pas ouvrir toute la sacoche à chaque arrêt.
La charge maximale annoncée est de 8 kg sur route et 4 kg en off-road pour la partie supérieure. Avec des sacoches latérales compatibles, Tailfin annonce jusqu’à 54 L de capacité totale selon la configuration, avec 9 kg par côté sur route et 5 kg en off-road.
Mais au-delà des chiffres, le concept du SpeedPack repose sur une idée simple : conserver l’esprit d’une sacoche de selle, tout en supprimant son principal défaut. Le ballotement.


Finitions : on comprend vite pourquoi c’est cher
La première impression est assez claire : la pièce est belle.
Le support carbone donne immédiatement une sensation de produit sérieux. Les finitions de la sacoche sont propres, les assemblages inspirent confiance, les détails semblent pensés pour durer. Heureusement, vu le prix, c’est un minimum. Mais il faut aussi le dire quand c’est bien fait. On n’a pas l’impression d’avoir un accessoire bricolé autour d’un concept marketing.


Tailfin a cette image de marque très premium dans l’univers du bikepacking, et le SpeedPack Carbon ne fait rien pour la contredire. La structure est rigide, la sacoche est bien intégrée, les points de fixation sont nombreux, et l’ensemble donne vraiment le sentiment d’un système conçu comme un ensemble.
On peut discuter du tarif, évidemment. Dans ma configuration, on est autour de 470 €. C’est un énorme budget pour transporter 10 litres. Mais il faut aussi comparer ce qui est comparable. Ici, on n’achète pas seulement une sacoche. On achète une structure carbone, une interface de fixation, une solution stabilisée, des adaptateurs, une forme de modularité, et toute l’ingénierie qui va avec.
Est-ce que ça rend le prix indolore ? Non.
Est-ce que le produit donne l’impression d’être au rabais ? Clairement pas.


Montage : simple sur le papier, moins évident si la compatibilité n’est pas parfaitement anticipée
C’est probablement le point le plus important à comprendre avant d’acheter un Tailfin : le système est bien pensé, mais il faut vraiment vérifier ce dont votre vélo a besoin.
Dans mon cas, le début du test n’a pas été parfaitement fluide. Le produit est arrivé au moment où Tailfin semblait être en transition sur certains éléments de gamme. Résultat : quelques pièces manquantes ou pas parfaitement adaptées, des notices qui ne correspondaient pas toujours à la configuration reçue, et un adaptateur UDH nécessaire pour le Cannondale Synapse qui n’était pas dans le pack au départ.


Aujourd’hui, en recontrôlant la fiche produit et les manuels en ligne, tout semble rentré dans l’ordre. Le produit qu’un client commande maintenant devrait être plus simple à assembler. Et une fois les bonnes pièces en main, le montage n’a rien d’insurmontable.
Selon votre cadre, vous pourrez fixer le système sur les inserts prévus pour un porte-bagages, ou passer par l’axe traversant Tailfin. Attention toutefois : tous les inserts arrière ne sont pas forcément prévus pour supporter un porte-bagages. Sur certains cadres, ils servent uniquement aux garde-boue. Il faut donc vérifier ce que le fabricant autorise réellement.


Sur mon Synapse, les inserts présents ne permettaient pas forcément d’utiliser le système comme je l’aurais souhaité. Je suis donc passé par la solution axe traversant. Tailfin propose un axe universel à configurer selon la longueur et le pas de vis, avec un système qui inspire confiance une fois correctement assemblé.
Mais ce n’est pas un produit à commander à l’aveugle en se disant “ça ira bien”. Il faut prendre dix minutes, vérifier son cadre, sa patte, son standard d’axe, la présence éventuelle d’une patte UDH, et les adaptateurs nécessaires.
Une stabilité vraiment impressionnante
C’est là que le SpeedPack marque le plus de points.
Je suis habitué aux sacoches de selle classiques de 10, 12 ou 14 litres. Quand elles sont de bonne qualité, elles font le travail. Certaines ballottent peu. On peut parfois même se passer de stabilisateur selon le chargement et la forme de la sacoche. Mais il reste toujours un petit mouvement parasite. Un léger flou à l’arrière. Une sacoche qu’on sent vivre sa vie.
Avec le Tailfin, c’est différent.
Une fois monté et chargé, l’ensemble ne bouge quasiment pas. La sacoche fait corps avec le vélo. Il n’y a pas cette sensation de masse suspendue derrière la selle. Pas cet effet pendulaire que l’on peut ressentir en danseuse, dans les changements d’appui ou quand la route devient irrégulière.
Même sur un usage 100 % off-road, le système reste parfaitement en place.
Ce qui m’a surtout marqué, c’est que le comportement du vélo change très peu. Bien sûr, on ajoute du poids à l’arrière. Bien sûr, un vélo chargé ne se comporte jamais exactement comme un vélo nu. Mais ici, le poids semble mieux tenu, mieux intégré, moins flottant.
Pour de l’ultra, du bikepacking rapide ou des longues sorties où l’on veut garder un vélo efficace, c’est un vrai argument.


Le confort d’usage face à une sacoche de selle classique
Une sacoche de selle classique a deux gros défauts.
Le premier, c’est la stabilité. On vient d’en parler.
Le second, c’est l’accès.
Quand une sacoche est bien remplie, comprimée, serrée sous la selle, l’ouvrir en cours de route peut vite devenir pénible. On hésite à y mettre ce dont on pourrait avoir besoin régulièrement. On finit souvent par réserver la sacoche de selle aux affaires “du soir” ou aux éléments qu’on ne veut pas toucher avant longtemps.
Avec le SpeedPack, l’accès reste plus propre et plus stable. On ne manipule pas une masse molle qui se déforme dans tous les sens. La poche filet supérieure ajoute aussi une vraie dimension pratique. Pour du bikepacking light, c’est exactement le genre de détail qui fait gagner du temps et évite de s’énerver au bord de la route.


Le volume de 10 L n’est pas immense. Il faudra rester raisonnable. Mais couplé à une sacoche de cadre, une top tube bag et éventuellement une petite sacoche de cintre, on commence à avoir une configuration cohérente pour partir léger sur quelques jours.
Pour trois ou quatre jours en mode minimaliste, ça se tient. Pour du voyage plus chargé, il faudra regarder les versions compatibles avec sacoches latérales ou passer sur un système plus volumineux.
Les petits détails bien vus
Tailfin a intégré plusieurs éléments intéressants.
On retrouve notamment des points de fixation sous le SpeedPack pour ajouter du portage, par exemple un porte-bidon ou certains accessoires. Il y a aussi deux emplacements pour fixer des lumières, ce qui est loin d’être un détail quand on part longtemps.
J’ai utilisé cette fixation pour monter un support type GoPro, puis un adaptateur quart de tour Garmin afin d’y placer mon Varia. C’est le type de problème que l’on rencontre dès qu’on installe une grosse sacoche de selle : où mettre le radar ou la lumière arrière ?
Ici, le Varia trouve une place propre. Il est un peu plus bas que sur une tige de selle, mais sur mes sorties, il détectait correctement les voitures. C’est un point très positif.


Le système de connecteurs côté tige de selle est également bien pensé. Le SpeedPack est livré avec plusieurs longueurs de FitLink, ce qui permet d’ajuster la position de la sacoche selon la taille du cadre, la sortie de selle et l’espace disponible. Sur mon montage, j’ai utilisé la longueur intermédiaire. Cela permet de positionner proprement la sacoche sans venir buter sous la selle.
Ce niveau d’ajustement explique aussi pourquoi le produit peut intéresser les cyclistes sur petits cadres. Les grosses sacoches de selle classiques deviennent parfois compliquées à installer quand la sortie de tige de selle est limitée. Ici, le système offre davantage de marge.
La visserie : pas bloquant, mais à anticiper
Un point m’a moins plu : la diversité de la visserie.
On retrouve plusieurs standards, avec du Torx et de l’Allen. En soi, rien d’anormal sur un système aussi complet. Mais pour un produit pensé pour le bikepacking, l’ultra ou les longues sorties, cela veut dire qu’il faut partir avec un multitool assez complet.


Dans mon cas, je me suis rendu compte que mon outil ne me permettrait pas de resserrer tous les points de contact en cas de besoin. C’est un détail, mais sur une longue distance, ce genre de détail compte. Quand on roule loin, longtemps, parfois de nuit, on aime savoir qu’on peut intervenir sur tout ce qu’on emporte.
Alors oui, une fois bien monté, le SpeedPack ne donne pas l’impression de vouloir se desserrer toutes les deux heures. Mais si quand je pars plusieurs jours avec, je vérifie clairement que mon multitool couvre toutes les empreintes nécessaires.
Carbone ou aluminium : faut-il vraiment choisir la version la plus chère ?
La version carbone est magnifique. Elle est légère, rigide, très propre visuellement. Sur un vélo route endurance, un vélo d’ultra rapide ou un montage où chaque gramme compte, elle a du sens.
Mais pour un usage gravel très engagé, je ne suis pas certain que je choisirais spontanément le carbone.
Pas parce que je doute de la résistance du produit. Au contraire, l’ensemble inspire confiance. Mais simplement parce qu’en gravel, je chasse moins le gramme. Si l’objectif est de partir sur des chemins plus cassants, de voyager plus chargé, ou de privilégier la rationalité, la version aluminium me semble parfaitement cohérente.


Le carbone, c’est la belle pièce. Celle qui fait plaisir. Celle qui colle très bien à un montage rapide et léger.
L’aluminium, c’est probablement le choix le plus rationnel pour beaucoup de pratiquants.
Et c’est plutôt une bonne chose que Tailfin laisse cette possibilité.
Pour quel usage le Tailfin SpeedPack est-il pertinent ?
Le SpeedPack n’est pas un produit pour tout le monde.
Si vous cherchez simplement une petite solution pour transporter une veste, quelques barres et un outil, c’est trop. Une bonne sacoche de selle ou une sacoche top tube fera largement l’affaire.
Si vous partez en voyage très chargé, avec beaucoup de matériel, du bivouac complet et plusieurs jours d’autonomie, le SpeedPack seul sera trop limité. Il faudra le coupler à d’autres sacoches ou choisir une solution plus volumineuse.
En revanche, pour l’ultra-distance, le bikepacking léger, les longues sorties rapides, les brevets, les raids route/gravel où l’on veut garder un vélo dynamique, il devient très intéressant.
Son vrai terrain, c’est ce moment où une sacoche de selle classique commence à montrer ses limites, mais où l’on ne veut pas encore basculer dans un vrai montage de voyage.
Il conviendra particulièrement aux cyclistes qui roulent fort, qui aiment un vélo stable, qui veulent un accès propre à leurs affaires et qui acceptent de payer cher pour un système très abouti.


Mon avis sur Tailfin
Le Tailfin SpeedPack Carbon est un produit assez simple à résumer : il est cher, mais il fonctionne vraiment.
Ce n’est pas une sacoche de selle améliorée. C’est plutôt une autre manière de penser le portage arrière. Plus rigide, plus stable, plus propre, plus rassurante quand on roule longtemps et que l’on veut garder un vélo efficace.






Tout n’est pas parfait. Le montage demande de l’attention, la compatibilité doit être vérifiée sérieusement, et le prix place ce produit dans le très haut de gamme. Mais une fois installé correctement, le résultat est impressionnant.
Pour un usage gravel engagé et rationnel, je regarderais probablement aussi la version aluminium. Pour un montage route / ultra / bikepacking rapide où l’on veut se faire plaisir avec une belle pièce, la version carbone a toute sa cohérence.
Ce SpeedPack ne rendra pas votre vélo plus léger une fois chargé. Mais il rendra le chargement beaucoup plus discret dans le comportement du vélo. Et sur une longue sortie, c’est exactement ce qu’on demande à ce type de produit.
















4 réponses
Peut-être qu’on comparatif avec la solution Restrap Switch Rack pourrait être intéressante.
La taille au dessus en version Cargo également est exceptionnelle. Même bien chargé a 20L elle se fait presque oublier.
Le système avec le rack amovible permettant de retirer juste la sacoche sans retirer le système carbone (ou alu) est diablement efficacité.
Merci Pascal pour ton retour, le test de ce modèle sort samedi 🙂
Les pris sont hallucinants. C’est du délire!