Ça devait être une belle journée.
Du gravel, du soleil, du beau matériel, des chemins, des discussions entre passionnés, et cette excitation particulière que l’on ressent avant de prendre le départ d’un grand rendez-vous comme Nature is Bike.
Hier encore, je retirais mon dossard avec Stéphane. On blaguait, on échangeait sur nos projets respectifs, sur nos envies, sur le gravel, sur le matériel, sur la suite. Rien d’exceptionnel en apparence.
Juste ces moments simples que l’on vit entre passionnés, sans imaginer une seule seconde qu’ils deviendront, quelques heures plus tard, des souvenirs figés.
Aujourd’hui, Stéphane a perdu la vie sur son vélo.
Je n’ai pas vu l’accident. J’étais dans le premier groupe au moment du drame. Je ne connais donc pas les circonstances exactes, et je ne veux surtout pas écrire ces lignes pour désigner un responsable. Ni l’organisation, ni le cycliste, ni l’automobiliste. Ce n’est pas le sujet. Pas maintenant.
Ce que je sais, en revanche, c’est que le choc a été mortel. Et que Stéphane n’est plus là.
Beaucoup d’entre vous le connaissaient certainement à travers sa chaîne YouTube. Stéphane a été l’un de ceux qui ont fait connaître le gravel en vidéo, à une époque où cette discipline était encore bien moins visible qu’aujourd’hui. Il a fait partie des précurseurs. Ceux qui testent, qui expliquent, qui vulgarisent, qui donnent envie d’essayer.
Il avait cette capacité rare à rendre les choses accessibles. À parler de vélo sans exclure. À donner envie à des débutants de se lancer, de comprendre, d’oser prendre un chemin, de monter des pneus plus larges, de regarder le vélo autrement.
On se suivait mutuellement depuis des années. Et je garde de Stéphane uniquement de bons souvenirs.
Des nuits passées dans les mêmes chambres lors de press-camps. Des heures sur le vélo, à essayer de le suivre dans les parties techniques, puis à se tirer la bourre sur le plat. Des longues discussions matériel où l’on comparait nos ressentis, nos tests, nos avis, parfois nos désaccords aussi.
Plusieurs fois, on s’était dit qu’il faudrait se faire un bikepacking ensemble. Un vrai. Prendre le temps. Partir rouler, filmer, discuter, profiter.
Et puis les emplois du temps, les projets, les contraintes, les semaines qui filent.
On ne l’a jamais planifié.
On ne le fera jamais.
Sur le 200 km de Nature is Bike, nous avons traversé de nombreuses routes entre les portions de chemins. C’est aussi ça, le gravel : des pistes, des sentiers, des routes ouvertes, des intersections, des moments où l’on arrive lancé.
Même lorsqu’une épreuve n’est pas officiellement une course, il faut être honnête : dès qu’il y a un tracker GPS, une plaque de cadre, un classement plus ou moins assumé, notre comportement n’est pas toujours irréprochable. On roule plus vite. On relance. On s’accroche. On oublie parfois que la route reste la route.
Je ne dis pas cela pour juger qui que ce soit. Je l’écris parce que cette journée rappelle, avec une brutalité immense, que notre passion reste fragile.
On a rapidement appris qu’un participant était décédé. Sur le moment, je n’ai pas fait le lien avec Stéphane. Ou peut-être que je n’ai pas voulu le faire.
Une fois arrivé, j’ai voulu savoir où il en était. J’ai regardé son tracker. Il était arrêté au kilomètre 59.
Je n’ai pas voulu y croire tout de suite.
J’ai attendu.
Puis les confirmations sont devenues de plus en plus réelles. De plus en plus impossibles à repousser.
Stéphane est mort sur son vélo. En pratiquant ce qu’il aimait profondément faire. Lui, le passionné. Lui qui a tant donné au gravel. Lui qui a inspiré beaucoup d’autres à prendre une caméra, à raconter leurs sorties, à partager leur regard sur cette discipline.
Je me rappellerai toute ma vie de cette édition de Nature is Bike.
Malheureusement, pas pour les bonnes raisons.
Ce soir, mes pensées vont à sa famille, à ses proches, à ses amis, à celles et ceux qui roulaient avec lui, et à toutes les personnes qu’il a inspirées, directement ou non.
Le gravel a perdu l’une de ses voix.
Et moi, j’ai perdu un ami.