Le marché des compteurs GPS vélo est déjà bien verrouillé. Garmin, Wahoo, Hammerhead, Bryton ou Coros occupent le terrain, chacun avec son écosystème, ses cartes, ses capteurs et ses habitudes d’usage. Alors quand un nouvel acteur arrive avec la promesse d’un ordinateur sportif modulaire, pensé pour le vélo mais aussi le kayak, l’aviron ou le parapente, il mérite au moins qu’on s’arrête deux minutes.
C’est le cas du REACH de Motion Rivalry, actuellement en phase de pré-lancement avant une campagne Kickstarter annoncée autour de septembre. Le produit n’est donc pas encore disponible au sens classique du terme : il s’agit d’une réservation à 5 dollars, censée donner accès à un tarif préférentiel lors de la campagne.
Et c’est précisément là qu’il faut garder deux idées en tête en même temps : le concept est réellement intéressant, mais le niveau de prudence doit rester élevé tant que le produit n’a pas été livré, testé et confronté à un usage terrain.
Un compteur GPS qui veut sortir du cadre vélo
Le REACH n’est pas présenté comme un simple GPS vélo. Motion Rivalry parle d’un modular sports computer, capable de s’adapter à plusieurs disciplines : cyclisme, aviron, kayak, canoë et parapente.
Pour le cyclisme, l’intérêt potentiel se situe surtout dans trois zones : la navigation, les données de performance et la capacité à faire évoluer le boîtier avec des modules externes. Le produit annonce un écran couleur de 3,5 pouces, une autonomie de 26 heures, une certification IPX7, un poids de 156 g et un GPS à 10 Hz compatible GPS, BeiDou et GLONASS.
Le GPS 10 Hz est l’un des arguments mis en avant. En théorie, une fréquence d’échantillonnage plus élevée permet une trace plus fine, notamment dans les changements rapides de direction, les descentes sinueuses ou les environnements où la trajectoire varie beaucoup. À vélo, l’intérêt dépendra surtout de la qualité réelle de l’antenne, du traitement logiciel et de la stabilité du signal. Une fréquence annoncée ne suffit pas à faire un bon GPS.
La vraie idée forte : la modularité
Le point le plus original du REACH reste son architecture modulaire. Motion Rivalry évoque plusieurs modules capables d’ajouter des fonctions spécifiques : caméra d’action, talkie-walkie, anémomètre, capteur d’humidité/température, radar ou encore interfaces ouvertes via port série et alimentation USB.
Dans l’univers vélo, cette approche est assez rare. Les compteurs GPS actuels évoluent surtout par logiciel ou via des capteurs externes ANT+ / Bluetooth. Ici, l’idée consiste à faire du compteur une base matérielle extensible, presque comme une plateforme.
Reste la question centrale : est-ce que cette modularité sera simple, fiable, bien intégrée et vraiment utile sur le vélo ? Sur une sortie, un compteur doit d’abord rester lisible, stable sur son support, autonome, réactif et capable de guider sans bug. La modularité ne doit pas devenir une couche de complexité supplémentaire.
Des promesses de données très ambitieuses
Motion Rivalry annonce une suite de capteurs assez complète : accéléromètre, gyroscope, magnétomètre, baromètre, capteur de lumière ambiante, GPS, avec une IMU 9 axes à 200 Hz et un baromètre annoncé avec une résolution de 0,1 m.
La marque parle aussi de métriques avancées, de traitement biomécanique et même de données comme une cadence ou une puissance sans capteur externe. C’est le genre de promesse qu’il faudra traiter avec beaucoup de prudence. Estimer une cadence par mouvement peut se défendre dans certains scénarios. Estimer une puissance de façon fiable sans capteur dédié est une autre histoire.
Le vélo connecté est déjà un terrain très concurrentiel, avec des écosystèmes bien installés et des plateformes qui structurent une partie des usages sportifs numériques. Pour exister, REACH devra donc faire mieux que proposer une fiche technique dense : il faudra une expérience fluide, compatible et crédible.
Prix annoncé, dépôt et calendrier : ce qu’il faut comprendre
Le fonctionnement commercial annoncé est celui d’un pré-lancement. Motion Rivalry propose une réservation à 5 dollars, présentée comme remboursable, permettant d’accéder à un tarif VIP lors de la campagne Kickstarter.
Les montants communiqués varient selon les pages : le prix public conseillé est annoncé à 599 dollars, avec un Early Bird à 359 dollars et un tarif VIP mentionné à 334 dollars sur une page, tandis qu’une autre évoque un tarif VIP à 359 dollars.
La livraison prioritaire est actuellement estimée à décembre 2026. Là encore, c’est une estimation. Les campagnes Kickstarter peuvent prendre du retard, modifier leurs caractéristiques finales ou rencontrer des limites industrielles entre le prototype, la production et le support après-vente.
Le point important est simple : une réservation Kickstarter n’est pas un achat classique. Même quand le dépôt est annoncé comme remboursable, il faut lire les conditions, vérifier le fonctionnement exact de la campagne et accepter une part d’incertitude.
Notre regard
À ce stade, REACH est une promesse plus qu’un produit éprouvé. Et cette promesse est intéressante parce qu’elle ne se contente pas de copier le compteur GPS vélo traditionnel. La modularité, si elle est bien exécutée, peut ouvrir des usages nouveaux, notamment pour les cyclistes qui pratiquent plusieurs sports ou qui veulent réduire le nombre d’appareils embarqués.
Mais la prudence est indispensable. Entre les chiffres annoncés, les modules prévus, l’application compagnon, les algorithmes de données sportives, les photos générées par IA et le calendrier de livraison, Motion Rivalry place la barre très haut. Le risque n’est pas seulement que le produit prenne du retard. Le vrai sujet sera de savoir si l’expérience finale tient face aux références déjà installées.
Si REACH tient ses promesses, il pourrait apporter une approche originale au GPS sportif. Si l’exécution faiblit, il restera une belle fiche technique de plus dans l’histoire compliquée du crowdfunding hardware.