Quand Canyon a présenté cet Endurace CFR, j’ai d’abord eu du mal à le situer. Un vélo rangé dans la famille endurance, mais avec une géométrie très proche de l’Aeroad, des roues hautes et un discours clairement tourné vers la performance : l’équation paraissait presque contradictoire.
Puis la gamme s’est clarifiée avec l’arrivée du Canyon Endurace CF SLX, plus accessible, plus polyvalent, plus logique pour la majorité des cyclosportifs. Et là, le CFR a commencé à prendre du sens : ce n’est pas l’Endurace le plus confortable de la gamme, c’est l’Endurace le plus rapide que Canyon pouvait faire sans basculer totalement dans l’Aeroad.
Les points forts :
- Équilibre très réussi entre vitesse, confort et filtration
- Dégagement pneus jusqu’à 35 mm vraiment utile
- Cockpit PACE très pratique pour ajuster la position
- Comportement rassurant sur routes dégradées
À améliorer
- Tarif très exclusif
- Pas de rangement interne ni de fixations spécifiques
Après plus de 1500 km avec ce vélo, sur des sorties variées, une cyclosportive et une semaine dans le Cantal, le verdict est assez net : ce positionnement très spécifique fonctionne mieux que prévu.


Une géométrie presque trop proche d’un vélo de course
Il faut le dire franchement : si vous associez encore endurance à position très relevée, tube de direction haut et comportement placide, cet Endurace CFR risque de vous surprendre.
Les différences visuelles avec l’Aeroad sont subtiles. L’insertion des haubans sur le tube de selle marque une distinction esthétique, mais l’ensemble reste très tendu, très intégré, très rapide dans son langage. Canyon parle de géométrie Sport Pro, déjà vue dans l’univers Aeroad et Ultimate. En pratique, cela veut surtout dire une chose : il faut accepter une vraie position performance.
Le vélo arrive avec 2,5 cm d’entretoises, mais Canyon a eu la bonne idée de rendre leur retrait extrêmement simple, sans couper le pivot de fourche. En deux minutes, la hauteur du poste de pilotage peut être ajustée proprement.


Ce détail compte, parce que le CFR ne pardonne pas vraiment une erreur de casting. Il peut être confortable sur la durée, mais il ne transforme pas une position agressive en position de « randonneur ». Il demande un cycliste déjà un minimum posé sur un vélo de route sportif.


Le cockpit PACE change vraiment l’expérience de réglage
Canyon livre l’Endurace CFR avec le cockpit CP0048 PACE T-Bar, réglable en largeur et en hauteur. La marque met aussi en avant le CP0053 RACE Bar, encore plus orienté aéro et position plongeante, disponible selon les choix de personnalisation.
L’intérêt n’est pas seulement esthétique. Le système permet d’élargir ou de rétrécir la largeur du poste de pilotage, de jouer sur la hauteur, de monter un support GPS, de changer les drops ou d’ajouter des prolongateurs compatibles. Le tout avec une logique assez simple, sans empilement d’entretoises disgracieux ni découpe prématurée.


Le programme MyCanyon renforce cette idée. Longueur de potence, manivelles, cassette, roues, selle, tige de selle : la configuration peut être affinée avant l’achat. Dans mon cas, le montage allait très loin avec des Zipp 454 NSW en 58 mm et une Selle Italia SLR 3D Carbone.
9 000 € minimum : le prix d’un vélo très exclusif
Le ticket d’entrée est simple à résumer : à partir de 9 000 €, avec une configuration qui peut grimper autour de 10 500 € selon les options retenues.
À ce niveau, le débat n’est plus seulement celui du rapport équipement/prix, même si Canyon reste Canyon et propose une fiche technique très solide. On parle d’un vélo extrêmement haut de gamme, destiné à peu de monde, avec un cahier des charges très ciblé : rouler vite, longtemps, sur des routes parfois mauvaises, sans subir la raideur d’un vélo WorldTour pur.


La finition Dark Matter participe à cette impression de sérieux. De loin, le noir reste discret. De près, le léger pailletage et les logos holographiques apportent juste ce qu’il faut de relief. Ce n’est ni tape-à-l’œil, ni fade. Pour un vélo aussi cher, c’est heureux, mais le rendu est vraiment réussi.
En 35 mm, l’Endurace CFR devient une arme de longues distances
J’ai rapidement remplacé les pneus d’origine en 32 mm par des Continental GP5000 S TR en 35 mm. C’était volontairement un montage un peu extrême pour ce type de vélo, mais parfaitement cohérent avec le dégagement maximal annoncé par Canyon.
L’objectif était simple : comprendre ce que donnait un pneu route performant en grosse section sur un cadre d’endurance très orienté vitesse.


Le résultat a été excellent. Oui, le passage en 35 mm enlève un soupçon de rendement par rapport à du 30 ou du 32 mm. Mais le gain en confort, en grip et en sérénité compense largement dès que la route se dégrade ou que la sortie s’allonge.
Le meilleur test a été une cyclosportive de plus de 170 km avec plus de 3 000 m de dénivelé. Des descentes rapides, des montées avec des passages au-delà de 15 %, un rythme soutenu autour de 30 km/h de moyenne : difficile de trouver un terrain plus complet pour juger ce vélo.
Et c’est là que l’Endurace CFR a commencé à vraiment convaincre. En descente, l’accroche des 35 mm apporte une marge très rassurante. Dans les forts pourcentages, le vélo ne donne pas l’impression de traîner ses pneus. Surtout, aucune douleur particulière liée à la position n’est venue gâcher la fin de sortie.
Pour un vélo aussi orienté performance, c’est probablement son meilleur argument : il reste rapide sans casser le pilote.
Moins verrouillé qu’un pur vélo WorldTour, et c’est une bonne chose
Je n’ai pas roulé sur l’Aeroad CFR, seulement sur la version CF SLX. Mais par rapport à ce type de plateforme aéro très rigide, l’Endurace CFR donne une sensation plus permissive.
Le boîtier de pédalier semble moins verrouillé. L’avant paraît légèrement plus souple. L’arrière filtre très bien, en grande partie grâce à la tige de selle SP0093 VCLS Aero, annoncée par Canyon avec davantage de souplesse verticale qu’une tige rigide équivalente.
Ce n’est pas un vélo mou. Il ne manque pas de répondant. Mais il évite cette sensation parfois fatigante des machines de course qui renvoient tout dans le corps dès que le bitume se dégrade.


Sur des routes propres, un Aeroad restera probablement plus tranchant. Sur une sortie longue, vallonnée, avec du mauvais revêtement et de la fatigue qui s’installe, l’Endurace CFR devient beaucoup plus intéressant.


En 32 mm, il gagne en nervosité
Après plusieurs centaines de kilomètres en 35 mm, je suis repassé sur le même modèle de pneu en 32 mm. Le changement est immédiat.
Le confort baisse légèrement, sans devenir problématique. En revanche, le vélo gagne en dynamisme. Il paraît plus vivant, plus facile à relancer, plus adapté aux parcours où l’on enchaîne les bosses et les changements de rythme.


Je l’ai emmené une semaine dans le Cantal, entre Aurillac et le Lioran, sur des routes inspirées de l’étape 10 du Tour de France. Ce n’est pas la haute montagne, mais les difficultés s’enchaînent, les revêtements sont souvent médiocres, et les petites routes auvergnates ne font pas de cadeau.
Dans ce contexte, l’Endurace CFR a trouvé un équilibre très convaincant. Les roues hautes ne l’ont pas rendu pataud. Le poids contenu, sous les 7,5 kg dans cette configuration, aide clairement dans les enchaînements. Et le cadre conserve cette capacité à adoucir la route sans effacer les sensations.


On n’est pas sur la vivacité brute d’un vélo comme le Scott Addict RC. Mais pour une machine aussi aérodynamique, équipée de roues aussi hautes et capable d’accepter du 35 mm, le comportement en montée est franchement réussi.
Le vélo unique pour cycliste rapide ? Peut-être bien
Si vous ne voulez qu’un seul vélo de route, mais que votre pratique reste clairement orientée performance, l’Endurace CFR coche énormément de cases.
Il peut rouler vite sur le plat. Il grimpe correctement. Il accepte des pneus de 35 mm. Il reste confortable sur les longues distances. Il peut passer d’une course régionale à une cyclosportive montagneuse, puis à une sortie sur des routes très abîmées sans donner l’impression d’être hors sujet.
C’est là qu’il devient intéressant. Pas parce qu’il fait tout comme un vélo polyvalent classique, mais parce qu’il couvre un spectre très large pour un cycliste qui veut conserver une vraie position de performance.


Il peut aussi convenir à de l’ultra moyenne distance, à condition de ne pas chercher une plateforme d’emport. Sur le confort dynamique, il a les arguments. Sur l’intégration de solutions pratiques, c’est plus discutable.
Ce qui manque : du rangement et une vraie logique d’emport
Mon principal regret concerne le stockage. Canyon a fait l’impasse sur un compartiment interne ou sur des fixations spécifiques pour une sacoche aérodynamique.
On comprend le choix : cela permet de distinguer le CFR des autres Endurace, notamment du CF SLX, plus orienté endurance polyvalente. Mais sur un vélo capable d’enchaîner les très longues sorties, un minimum d’intégration pratique aurait eu du sens.


Ce n’est pas rédhibitoire pour son usage principal. Mais pour un cycliste qui vient chercher un vélo rapide, confortable et capable de longues distances, l’absence de solution de rangement intégrée laisse un petit goût d’inachevé.
C’est aussi ce qui rappelle que le CFR n’est pas l’Endurace le plus universel. Pour beaucoup de pratiquants, le CF SLX restera sans doute plus rationnel.
Endurace CFR ou Aeroad : le vrai dilemme
La comparaison avec l’Aeroad est inévitable. L’Aeroad actuel accepte jusqu’à 32 mm de pneus, propose une plateforme plus rigide, très légère, et reste le choix évident pour ceux qui veulent un vélo de course aéro sans compromis majeur.
Mais l’Endurace CFR a une carte différente à jouer. Il accepte le 35 mm, filtre mieux, fatigue moins et reste suffisamment rapide pour ne jamais donner l’impression de rouler sur un vélo « trop cyclo ».


Le choix dépend donc moins du niveau du cycliste que de sa tolérance à la rigidité et de ses terrains habituels. Routes propres, courses rapides, recherche de rendement maximal : l’Aeroad garde un avantage logique. Routes abîmées, longues cyclos, pavés, sorties très vallonnées, besoin d’un peu plus de marge pneumatique : l’Endurace CFR devient presque plus pertinent.
Et c’est finalement ce que ce test m’a fait comprendre. Je pensais trouver un vélo d’endurance trop radical. J’ai surtout trouvé un vélo de course longue distance, plus humain qu’un pur vélo aéro, mais beaucoup plus performant que l’image habituelle d’un endurance.
Mon avis sur le Endurace CFR
Le Canyon Endurace CFR n’est pas un vélo d’endurance pour tout le monde. Il est cher, exigeant dans sa position, très orienté performance et moins pratique qu’il aurait pu l’être pour les longues sorties avec emport.
Mais dans son registre, il est extrêmement convaincant. Avec des pneus en 35 mm, il devient une machine rapide et rassurante pour les longues distances. En 32 mm, il gagne en nervosité et conserve une vraie capacité à encaisser les mauvaises routes. Le confort n’est pas artificiel, la filtration est réelle, et le comportement reste assez vivant pour donner envie d’attaquer les bosses.
J’étais sceptique au lancement. Après plusieurs semaines, c’est probablement l’un des vélos d’endurance les plus convaincants que j’ai roulés ces dernières années, à condition d’avoir le profil qui va avec.
Pas l’Endurace le plus raisonnable. Mais peut-être l’Endurace le plus désirable pour rouler vite, longtemps, et fort.









