Il y a des roues qu’on monte pour gagner du poids. D’autres pour changer complètement le comportement d’un vélo. Les Zipp 454 NSW Tubeless appartiennent clairement à la deuxième catégorie.
Cela fait presque un an que cette paire roule sur différents vélos, avec plus de 8000 km au compteur. Sur le papier, elle coche tout ce que Zipp sait faire de plus exclusif : jante carbone hookless, profil ondulé Sawtooth, surface alvéolée, moyeux ZR1 SL avec roulements céramique, environ 1400 g et une profondeur variable entre 53 et 58 mm.
Les points forts :
- Bonne stabilité au vent latéral
- Très grande facilité à maintenir une vitesse élevée
- Poids contenu pour des roues aussi profondes
À améliorer
- Prix public très élevé
- Début de marquage/corrosion observé
Mais une roue à près de 4000 € en prix public conseillé ne peut pas simplement être belle, légère et technologique. À ce niveau, elle doit surtout apporter quelque chose de clair sur la route. Et c’est précisément là que les 454 NSW deviennent intéressantes.


Une jante spectaculaire, mais pas seulement pour le style
Le premier élément qui saute aux yeux, c’est évidemment cette jante en dents de scie. Zipp appelle cela Sawtooth, avec des formes Hyperfoil et une surface HexFin ABLC, autrement dit les petites alvéoles typiques de la marque américaine.
On pourrait facilement réduire cela à un choix esthétique. Ce serait trop rapide. Sur la route, cette forme a surtout un intérêt dans la gestion du vent latéral. Et dans une région comme la Vendée, où les rafales venues du littoral sont fréquentes, ce n’est pas un détail théorique.


Montées sur un vélo aéro comme le Van Rysel RCR-F, les 454 NSW donnent même le sentiment de rendre le vélo plus sain lorsque le vent se lève. On reste sur des jantes hautes, donc il ne faut pas s’attendre à une neutralité totale, mais la stabilité est vraiment convaincante pour ce niveau de profil.
Hookless : efficace, mais il faut respecter les règles
Les 454 NSW sont proposées avec une jante hookless, donc sans crochet. C’est un choix de plus en plus présent chez Zipp, que l’on retrouve aussi sur tous leurs modèles gravel de la marque, comme les Zipp 303 XPLR S.
L’intérêt est connu : une transition plus propre entre le pneu et la jante, une fabrication potentiellement plus légère, et une logique aérodynamique plus cohérente avec des pneus modernes utilisés à plus basse pression. Mais le hookless impose aussi une vraie rigueur.


Il faut utiliser des pneus compatibles, respecter les pressions maximales et ne pas considérer cette jante comme une roue universelle sur laquelle on monte n’importe quoi. Zipp annonce une compatibilité avec des pneus tubeless ISO/TSS entre 28 et 35 mm, avec une pression maximale de 5 bar.
Avec ses 23 mm de largeur interne, la jante pourrait techniquement accepter des sections assez généreuses. Mais dans l’usage, ces roues restent surtout pertinentes avec des pneus de 28 à 32 mm. C’est là qu’elles donnent le meilleur équilibre entre rendement, volume, aérodynamisme et comportement.


J’ai notamment monté les nouveaux Continental GP 5000 S TR en 35 mm actuellement en test. Le montage fonctionne, mais on obtient un vrai gros ballon. Ce n’est pas incohérent, mais ce n’est pas là que la roue paraît la plus naturelle.
Montage tubeless : simple, propre, rassurant
Sur ce point, les Zipp 454 NSW font honneur à leur positionnement. Le montage tubeless est un jeu d’enfant, l’étanchéité est très bonne, et le maintien de la pression dans le temps reste correct.
Les valves sont livrées avec les roues, les finitions sont propres, les accessoires inspirent confiance. À ce niveau de prix, c’est attendu, mais cela mérite quand même d’être souligné.


La qualité d’assemblage globale est aussi conforme à ce que l’on attend de Zipp. Le moyeu ZR1 SL avec roulements céramique tourne très bien, la roue libre reste perceptible sans être envahissante, dans la lignée des autres produits de la marque.
Sur la route : pas les plus explosives, mais redoutables lancées
Il faut être clair : les Zipp 454 NSW ne sont pas les roues les plus nerveuses à la relance. Si votre priorité est de relancer toutes les trente secondes, de faire des critériums, des circuits urbains ou des sorties très hachées, ce ne sont probablement pas les roues les plus adaptées.
Leur force est ailleurs. Une fois lancées, elles donnent cette impression très agréable de conserver la vitesse avec facilité. Elles s’épanouissent à vitesse de croisière, sur les portions rapides, les longues lignes droites, les faux plats et les sorties où l’on cherche à rouler proprement, longtemps, efficacement.


Sur un vélo aérodynamique, l’association fonctionne particulièrement bien. Les 454 NSW semblent faites pour sublimer une machine déjà rapide, plutôt que pour transformer un vélo léger.
En montée, mieux que prévu sur les efforts réguliers
Avec environ 1400 g, les 454 NSW restent relativement légères compte tenu de leur profondeur. Ce ne sont pas des roues de montagne, mais elles ne donnent pas non plus l’impression de traîner une enclume.
Dans les cols roulés ces dernières semaines, elles se sont montrées très agréables sur des montées régulières. Tant que l’effort reste posé, avec une cadence stable et peu de changements de rythme violents, elles ne deviennent pas pénalisantes.


En revanche, sur les pentes très irrégulières ou les passages où il faut sans cesse casser et relancer l’allure, leur tempérament apparaît plus clairement. Elles préfèrent la continuité à l’explosivité. Ce n’est pas un défaut en soi, mais c’est un vrai critère de choix.
Le point de vigilance : les moyeux face à l’air salin
Après plus de 8000 km, les qualités de roulement sont toujours là. Les roues n’ont pas perdu leur fluidité, et c’est plutôt rassurant pour une paire aussi haut de gamme.
Un point mérite toutefois d’être signalé. L’usinage des moyeux, au niveau de l’insertion des rayons, montre des marques d’usure qui ressemblent à de la corrosion. Le détail est d’autant plus surprenant que ces roues ont très peu roulé sous la pluie et qu’elles ont été nettoyées soigneusement après les sorties.


Le contexte joue probablement : l’air salin du littoral vendéen peut attaquer certains composants, même sans usage extrême sous la pluie. Il ne faut donc pas en tirer une conclusion définitive sur la durabilité générale du moyeu, mais à ce niveau de prix, ce point mérite une surveillance. Je n’ai pas rencontré ce problème sur d’autres roues de la marque comme les Zipp Firecrest, pourtant bien plus malmenées.
Un prix très haut, mais parfois plus accessible en pratique
Le prix public conseillé de la paire se situe autour de 4000 €, selon les configurations et les marchés. C’est énorme. Même pour des roues carbone haut de gamme, même avec des roulements céramique, même avec une vraie recherche aérodynamique.
Heureusement, les Zipp 454 NSW se trouvent assez facilement à des tarifs inférieurs, souvent autour de 2700 €. Cela reste un budget considérable, mais on entre alors dans une zone plus comparable à d’autres références premium comme les DT Swiss ARC 1100.


Autre point intéressant : ces roues apparaissent parfois en première monte sur certains vélos très haut de gamme. Dans ce cas, elles ne sont pas toujours valorisées à leur plein tarif dans le prix complet du vélo, ce qui peut les rendre plus accessibles que lors d’un achat séparé.
C’est probablement l’un des meilleurs moyens de les acquérir intelligemment : non pas comme un achat coup de tête à prix catalogue, mais comme une vraie montée en gamme intégrée à un vélo déjà cohérent.
Pour quel cycliste ?
Les Zipp 454 NSW s’adressent d’abord aux rouleurs. Ceux qui aiment tenir une vitesse élevée, rouler longtemps, optimiser un vélo aéro et profiter d’une roue stable, rapide, valorisante.
Elles conviendront très bien à un cycliste qui roule majoritairement sur route, avec des pneus de 28 à 32 mm, en tubeless, sur des parcours rapides, vallonnés ou exposés au vent. Elles peuvent aussi convenir sur de longues distances, à condition d’accepter leur caractère plus inertiel dans les relances.


En revanche, ce n’est pas la paire à conseiller en priorité pour un vélo ultraléger orienté montagne, pour des parcours très nerveux ou pour un usage allroad. La largeur interne peut donner envie d’élargir le montage pneumatique, mais l’ADN de ces roues reste clairement routier.
Mon avis sur ces roues Zipp
Les Zipp 454 NSW font partie des plus belles paires de roues qu’il m’ait été donné de rouler. Pas seulement parce qu’elles sont spectaculaires visuellement, mais parce qu’elles ont un vrai comportement : rapides, stables, très agréables une fois lancées, et particulièrement cohérentes sur un vélo aérodynamique.
Elles ne cherchent pas à tout faire. Elles ne sont pas les plus explosives, pas les plus logiques pour la montagne pure, pas les plus rationnelles financièrement. Mais pour un rouleur qui veut une paire très haut de gamme, capable de maintenir la vitesse avec facilité et de rester rassurante dans le vent, elles ont quelque chose de vraiment spécial.
À prix catalogue, elles restent difficiles à justifier. À tarif remisé ou en première monte sur un vélo premium, elles deviennent beaucoup plus intéressantes.









