Cela fait bientôt un an que deux paires de roues Reserve Turbulent Aero tournent régulièrement sur mes vélos et avec une vraie logique d’usage : météo variée, pneus différents,… Plusieurs mois pour voir si la promesse tient encore une fois l’effet nouveauté passé.
Les deux modèles testés ne racontent pas exactement la même histoire. Les Reserve 42|49 TA visent la performance aéro au quotidien, avec un profil contenu. Les Reserve 57|64 Turbulent Aero assument beaucoup plus clairement le terrain de la course, des sorties rapides et de la vitesse pure.
Les points forts :
- Stabilité remarquable, y compris sur la 57|64
- Montage tubeless facile avec plusieurs pneus testés
- Valves Fillmore très agréables au quotidien
- Fiabilité constatée après plusieurs mois
À améliorer
- Prix d’entrée élevé, surtout si l’on monte en gamme de moyeux
Et après plusieurs mois, une chose ressort assez vite : Reserve ne fabrique pas des roues carbone spectaculaires uniquement sur fiche technique. La marque livre surtout des roues très propres, fiables, stables, mais pas forcément douces ni adaptées à tous les cyclistes.


Deux profils, une même philosophie Reserve
Les 42|49 TA ont été principalement roulées sur un Cannondale Synapse, avec des moyeux DT Swiss 350. C’est le montage qui paraît le plus polyvalent dans la gamme : 42 mm à l’avant, 49 mm à l’arrière, une largeur interne différenciée de 25,4 mm devant et 24,8 mm derrière, et un poids annoncé à 1429 g en DT 350.
Dans les faits, on est sur une paire assez légère compte tenu de la hauteur de jante. Rien de miraculeux, mais un équilibre intéressant entre profondeur, largeur et masse. La largeur interne permet aussi de monter des pneus modernes entre 29 et 40 mm, ce qui élargit le champ d’usage au-delà de la route parfaitement lisse.


Les 57|64 changent nettement de registre. Avec 57 mm à l’avant et 64 mm à l’arrière, Reserve assume une paire plus rapide, plus typée course, pensée pour les échappées, les sprints et les sorties où l’on cherche à maintenir de la vitesse. Le modèle testé était équipé en DT Swiss 240, avec un poids de 1574 g.


Montage tubeless : simple, propre, sans mauvaise surprise
Le montage des pneus n’a jamais posé de difficulté particulière. Vittoria, Continental, sections classiques ou un peu généreuses : les pneus testés se sont installés proprement, sans bataille inutile.
Le fond de jante Reserve est parfait, et les valves Fillmore fournies font partie des détails qui changent réellement l’usage au quotidien. Elles restent au format Presta, mais avec un débit d’air nettement plus agréable. Pour claquer un pneu, ajuster une pression ou simplement regonfler avant de partir, c’est un vrai plus.


Ce n’est pas le détail le plus spectaculaire d’une fiche produit, mais sur une paire de roues utilisée régulièrement, la qualité des valves et du fond de jante finit par compter autant que quelques grammes gagnés ailleurs.
Les 42|49 TA : polyvalentes, mais pas vraiment confort
Reserve classe les 42|49 dans une logique d’endurance et de performance aéro au quotidien. C’est compréhensible : la hauteur reste raisonnable, la roue avant ne verrouille pas la direction, et le poids permet encore de grimper sans sensation d’enclume.
Mais il faut nuancer le mot endurance. Sur le Cannondale Synapse, les 42|49 ont eu tendance à durcir le comportement global du vélo. Le Synapse est normalement un vélo de route confortable, pensé pour filtrer et rouler longtemps. Avec ces roues, il devient plus tranchant, plus réactif, mais aussi moins moelleux.


Ce n’est pas un défaut si l’on cherche à donner du caractère à un vélo endurance. En revanche, pour un cyclo-sportif moyen qui privilégie le confort, la tolérance et les longues heures sans fatigue excessive, ce n’est pas forcément le choix le plus évident.


Le point intéressant, c’est que cette largeur interne importante permet aux 42|49 de sortir d’un usage route ultra-strict. Avec des pneus adaptés, elles peuvent se défendre sur des routes dégradées, des secteurs rugueux ou des portions mixtes peu engagées. On retrouve d’ailleurs cette tendance sur d’autres roues carbone modernes à jante large, comme les Zipp 303 Firecrest.
Mais il ne faut pas confondre largeur et douceur. Les Reserve restent des roues exigeantes, avec une vraie tenue latérale et une construction qui renvoie beaucoup d’informations. C’est vivant, précis, efficace. Pas spécialement reposant.
Les 57|64 : plus hautes, mais étonnamment rassurantes
Avec une roue arrière en 64 mm, on pourrait craindre une paire sensible, exclusive, un peu intimidante dès que le vent se lève. Ce n’est pas ce qui ressort de l’essai.
La largeur externe généreuse joue clairement en faveur de la stabilité : 34,3 mm à l’avant et 32,5 mm à l’arrière. La roue avant de 57 mm reste facile à emmener, et l’arrière apporte cette inertie caractéristique des profils hauts quand la vitesse augmente.


C’est peut-être le point le plus marquant des 57|64 : elles donnent envie de rouler vite, mais sans créer cette tension permanente que certaines roues hautes peuvent imposer. Sur les différents vélos utilisés, elles n’ont jamais donné cette impression de roue qui surprend ou qui embarque le vélo.
À haute vitesse, la roue arrière apporte un vrai soutien. On sent que le vélo conserve de la vitesse, que l’ensemble garde de l’élan, notamment sur les portions roulantes, les faux-plats rapides ou les relais appuyés.
La 57|64 reste toutefois une roue de course. Elle sera plus pertinente pour un cycliste qui roule déjà vite, qui aime les vélos tendus, et qui sait exploiter l’inertie d’une jante haute.
DT 350 ou DT 240 : le surcoût ne saute pas aux jambes
Les deux paires testées permettent aussi de comparer deux montages de moyeux : DT Swiss 350 sur les 42|49, DT Swiss 240 sur les 57|64.
Le DT 240 est plus léger et plus haut de gamme. C’est factuel. Mais sur le terrain, la différence de sensation n’a pas vraiment justifié l’écart tarifaire. Le DT 350 est déjà un moyeu fiable, fluide, éprouvé. Et sur des roues de ce niveau, il ne donne pas l’impression de brider la paire.


À titre indicatif, les 42|49 sont annoncées à 1799 € en DT 350, 2299 € en DT 240 et jusqu’à 2799 € en DT 180 / DT 180 DICUT selon les configurations. Les 57|64 suivent la même logique tarifaire.
Sauf montage très spécifique, recherche du poids minimal ou vélo dédié à la montagne, le DT 350 reste probablement le choix le plus rationnel. Il garde le prix sous contrôle sans dégrader l’expérience de manière sensible.
Fiabilité : c’est là que Reserve marque des points
Après autant de mois d’utilisation, sous des conditions météo variées, le bilan mécanique est très bon. Pas de jeu constaté, pas de rayon ayant perdu en tension, pas de souci côté moyeux, pas de fond de jante capricieux, pas de mauvaise surprise avec les valves.
C’est souvent là qu’une roue haut de gamme se juge vraiment. Les premières sorties disent beaucoup sur le comportement. Les mois suivants disent si la conception tient, si le montage reste propre, si les détails invisibles étaient réellement maîtrisés.


Sur ce point, Reserve donne une impression très sérieuse. La garantie à vie n’est pas seulement un argument rassurant sur une fiche produit : elle accompagne une construction qui semble pensée pour durer, avec des rayons standards, des têtes de rayons externes et une approche assez pragmatique de l’entretien.
Mon avis sur ces roues
Les Reserve 42|49 TA et 57|64 Turbulent Aero font partie de ces roues qui laissent une impression de produit abouti. Le montage est propre, les valves sont excellentes, la stabilité est au rendez-vous, et la fiabilité observée après plusieurs mois renforce la confiance.
La gamme n’est pas donnée, mais le prix d’appel en DT 350 reste plutôt bien placé au regard de la qualité globale, de la garantie à vie et du niveau de finition. En revanche, passer sur des moyeux plus haut de gamme ne semble pas indispensable, sauf à chercher un gain de poids précis pour un montage très ciblé.
Il faut simplement accepter leur caractère : ces roues ne sont pas là pour adoucir un vélo ou transformer une sortie tranquille en canapé roulant. Ce sont des roues carbone performantes, stables et sérieuses, mais qui demandent un cycliste capable d’apprécier une certaine exigence.








