Les Fulcrum Sharq GR arrivent avec une proposition assez claire : une roue carbone gravel orientée performance, mais pas seulement pensée pour les pneus étroits. La jante annonce 30 mm de largeur interne, un mini-hook, un profil haut différencié de 47/52 mm et une forme 2-Wave censée mieux gérer les flux d’air selon les angles.
Sur le papier, Fulcrum vise donc un terrain bien précis : le gravel rapide, les pneus de grosse section, les parcours où l’on veut garder de la vitesse sans sacrifier totalement le contrôle. Un segment qui devient de plus en plus disputé, comme on le voit dans notre guide des meilleures roues carbone en gravel.
Les points forts :
- Comportement stable et rassurant malgré le profil haut
- Très bonne qualité de finition
- Fond de jante non percé, pratique et qualitatif pour le tubeless
- Largeur interne de 30 mm cohérente avec les pneus gravel modernes
À améliorer
- Prix élevé par rapport au poids et aux choix techniques
J’ai roulé ces Sharq GR pendant plusieurs semaines sur mon vélo étalon, le Propain Terrel CF. C’est le vélo sur lequel je teste toutes les paires de roues gravel que je reçois, ce qui permet de garder une base de comparaison assez stable.


30 mm interne, mini-hook et pneus larges : le choix assumé de Fulcrum
Le point le plus marquant de cette paire de roues, ce n’est pas seulement sa hauteur de jante. C’est surtout son volume. Avec 30 mm en largeur interne, la Sharq GR se place clairement dans la tendance des roues gravel modernes, pensées pour mieux soutenir des pneus larges et rouler à basse pression.
Fulcrum annonce une compatibilité optimisée avec des pneus de 47 à 50 mm, tout en précisant que certains pneus de 45 mm sont validés via une liste de compatibilité. Dans mon cas, j’ai monté des Vittoria Terreno T50 en 45 mm. Détail intéressant : une fois installés, ils ne mesuraient que 44 mm au pied à coulisse.


Ce point mérite d’être souligné. La roue accepte certains 45 mm, mais son terrain naturel reste plutôt autour de 47 mm et plus. Si vous roulez majoritairement en pneus de 40 à 42 mm, cette jante n’est probablement pas la plus cohérente. Pour mieux comprendre ce genre d’équilibre entre largeur de jante, section de pneu et usage, notre guide sur comment choisir ses roues de gravel reste une bonne base.
Une finition vraiment haut de gamme
Sur la qualité perçue, les Sharq GR sont difficiles à prendre en défaut. Les finitions sont très propres, le dessin de la jante est original sans tomber dans le gadget visuel, et l’ensemble donne immédiatement une impression de produit sérieux.
Le fond de jante non percé est aussi un vrai avantage. Pas besoin de scotch tubeless : c’est plus propre, plus fiable dans le temps et plus agréable au montage.


Les moyeux utilisent des roulements cône-cuvette, dans la tradition Fulcrum/Campagnolo. Leur réputation n’est plus vraiment à faire, et on retrouve aussi cette signature sonore très discrète. Comme certaines roues Campagnolo, les Fulcrum Sharq GR sont particulièrement silencieuses en roue libre.


Fulcrum propose plusieurs corps de roue libre : XDR, HG, N3W et Microspline. C’est logique pour une roue haut de gamme qui peut être montée sur beaucoup de configurations gravel actuelles.
Le changement du corps reste relativement accessible, mais ce n’est pas le système le plus rapide que l’on trouve aujourd’hui. Il faut dévisser les deux petits cônes de chaque côté pour accéder au corps de roue libre. Rien d’insurmontable, mais on n’est pas sur la simplicité d’un système type Zipp ou DT Swiss.


Sur le terrain : stable, rassurante, moins sensible au vent qu’attendu
C’est probablement le meilleur point de ces Sharq GR : elles mettent vite en confiance. Malgré une hauteur de jante importante et un profil assez agressif visuellement, je n’ai pas ressenti de prise au vent excessive.
Elles m’ont même semblé moins sensibles que des Zipp 303 XPLR S dans certaines conditions, alors que la hauteur de jante reste proche. C’est un point important, car les roues gravel hautes peuvent parfois devenir fatigantes dès que le vent latéral s’invite sur les portions ouvertes.


Ici, la roue reste saine. Elle ne donne pas l’impression de devoir être surveillée en permanence. On peut rouler vite, garder de l’angle, traverser des portions plus irrégulières et conserver une bonne stabilité générale.
Une polyvalence plus large que son look ne le laisse penser
Avec ses vagues dessinées sur la jante et sa hauteur de 47/52 mm, on pourrait imaginer une roue très typée race, un peu exclusive. En pratique, je l’ai trouvée plus polyvalente que prévu.
Elle n’efface pas totalement son profil haut : on sent bien que l’on roule une roue performante, avec une certaine inertie et une vraie présence sur le vélo. Mais elle ne verrouille pas l’usage dans un gravel ultra-rapide uniquement. Elle peut accompagner des sorties sportives variées, tant que l’on reste cohérent avec le choix des pneus.


C’est aussi là que la largeur interne de 30 mm prend du sens. Avec une section adaptée, la roue permet de descendre en pression et de garder du confort et du grip. Elle ne cherche pas seulement à être rapide sur route blanche ; elle garde une vraie logique gravel.


1 550 g : cohérent, mais plus vraiment exceptionnel
Fulcrum annonce 1 550 g la paire. Vu la largeur interne, la hauteur de jante et la construction générale, le poids reste cohérent. On ne peut pas dire que ce soit lourd pour une roue carbone gravel haute et large.
Mais à ce niveau de gamme, ce chiffre n’a plus rien d’exceptionnel. Le marché bouge vite, et certaines roues concurrentes font mieux, parfois avec des choix techniques plus ambitieux.


Les rayons, par exemple, sont plats et en acier inoxydable. Ils sont propres, cohérents, probablement rassurants en entretien, mais ce choix peut interroger à presque 2 000 €. À tarif comparable ou supérieur, certaines marques vont chercher des rayons carbone ou un poids nettement plus bas. Les Prymahl Vega C45X testées récemment sont plus chères, mais elles ont environ 300 g de moins et utilisent des rayons carbone.
Le vrai sujet : le positionnement prix
Les Sharq GR sont de très belles roues. Elles sont bien finies, agréables à rouler, stables, originales et techniquement cohérentes. Le problème vient surtout de leur positionnement tarifaire.
À 1 990 €, on arrive dans une zone où la concurrence devient sévère. Sans même aller chercher les marques chinoises, il existe aujourd’hui des alternatives européennes ou distribuées plus agressives. Les Corima 50G, par exemple, sont environ 400 € moins chères.
Les Fulcrum Soniq GR semblent aussi mieux placées sur le papier, avec un tarif inférieur d’environ 500 € pour un poids équivalent, même si je n’ai pas pu comparer les deux paires sur le terrain.


C’est ce qui rend l’analyse un peu frustrante. En usage, les Fulcrum Sharq GR donnent envie de rouler. Mais la fiche technique ne suffit pas totalement à justifier l’écart de prix face à certaines concurrentes.
Pour qui les Fulcrum Sharq GR ont du sens ?
Ces roues s’adressent d’abord aux cyclistes qui cherchent une paire carbone gravel haut de gamme, stable, bien finie, silencieuse, compatible avec des pneus larges et capable de donner un vrai caractère au vélo.
Elles conviendront particulièrement à ceux qui roulent en pneus de 47 mm ou plus, sur des parcours rapides, mixtes, parfois exposés au vent, et qui veulent une roue rassurante malgré un profil haut.


En revanche, si votre priorité absolue est le meilleur rapport poids/prix, ou si vous cherchez la fiche technique la plus agressive du marché, les Sharq GR ne sont pas les plus évidentes. Elles séduisent davantage par leur cohérence, leur finition et leur comportement que par leur rapport caractéristiques-prix.
Une très belle paire, mais pas la meilleure affaire du moment
J’ai apprécié rouler avec ces Fulcrum Sharq GR. Leur stabilité, leur qualité de fabrication, leur montage tubeless sans scotch et leur profil original en font une paire très réussie à l’usage.
Mais le marché des roues gravel carbone a beaucoup évolué. À près de 2 000 €, une paire doit aujourd’hui proposer soit un poids remarquable, soit une technologie vraiment différenciante, soit un rapport prix/prestation très solide. Les Sharq GR cochent beaucoup de cases, mais pas toutes.
C’est une très belle paire de roues, capable de sublimer un gravel performant. Mais ce n’est pas, aujourd’hui, le meilleur rapport caractéristiques-prix du segment.









