Après deux années sans passage sur les ProDays, le retour à Paris avait quelque chose de révélateur. Le salon professionnel du cycle reste un rendez-vous important du calendrier français, mais il n’a plus tout à fait la même physionomie.
La différence la plus visible tient à la taille : un seul pavillon cette année, contre deux auparavant. Le nombre d’exposants a clairement diminué. Dans un marché vélo encore marqué par les ajustements post-Covid, ce n’est pas anodin.
Mais ce serait une erreur de résumer cette édition à une simple contraction. Moins de stands ne veut pas forcément dire moins de matière. Et sur place, les échanges ont souvent été plus directs, plus lisibles, parfois même plus intéressants qu’à l’époque où le salon débordait de partout.
La comparaison avec le salon ProDays 2023 est assez parlante. À l’époque, l’ambiance était franchement morose, avec un secteur encore plombé par les stocks, les hésitations et les gammes figées. En 2026, le marché n’est pas redevenu euphorique, mais il semble avoir retrouvé une direction.
Et cette direction, côté gravel, tient en un mot : race.
Le gravel bascule clairement vers la performance
Le gravel d’aventure, de voyage et de vélotaf n’a évidemment pas disparu. Mais sur les stands, les vélos qui attirent l’œil, ceux qui racontent le mieux l’évolution du marché, sont clairement les modèles rapides.
Des cadres plus tendus, des tubes plus travaillés, des passages de pneus généreux, des cockpits plus intégrés, du rangement interne, des sacoches dédiées, des transmissions mono assumées : le gravel race n’est plus une niche décorative. Il devient une catégorie structurante.
La phrase peut sembler brutale, mais elle résume assez bien ce qu’on voit arriver : un gravel qui ne passe pas du 50 mm semble déjà en retard. Pas forcément parce que tout le monde roule en 50 ou 55 mm au quotidien, mais parce que ce dégagement est devenu un marqueur de modernité, de polyvalence et de performance réelle sur terrain cassant.
C’est aussi ce qui rend cette génération intéressante. Les marques ne cherchent plus seulement à faire des vélos rigides, bas, agressifs et rapides sur chemin blanc. Elles ajoutent du volume, du stockage, des compatibilités, parfois même une vraie logique d’ultra ou de longue distance.
UDH partout : SRAM a gagné une bataille stratégique
Autre constat très net : l’UDH s’impose à une vitesse impressionnante.
Ce standard de patte de dérailleur, poussé par SRAM, est désormais visible partout ou presque. Ce n’est pas seulement un détail technique. C’est un signe de bascule industrielle.
En gravel, SRAM n’est plus l’outsider qui propose une alternative au double plateau traditionnel. La marque américaine est devenue une référence centrale, notamment sur les montages mono, les transmissions électroniques et les usages orientés performance.
Sur route, l’aéro et le polyvalent se rapprochent
Côté route, le marché reste officiellement partagé entre deux grandes familles : les vélos polyvalents et les machines très aérodynamiques.
Mais sur les stands, cette frontière paraît de plus en plus esthétique. Les vélos aéro sont devenus plus légers, plus faciles à vivre, moins caricaturaux. Et les vélos polyvalents n’ont plus grand-chose de naïf face au vent.
Les marques ne raisonnent plus seulement en catégories étanches. Elles cherchent des plateformes capables d’aller vite, longtemps, sur des routes moins parfaites, avec plus de confort et moins de compromis.
En clair, le vélo de route moderne devient lui aussi plus pragmatique. Et c’est probablement une bonne nouvelle.
Polygon : une implantation française qui devient sérieuse
Premier arrêt marquant : Polygon.
La marque continue de pénétrer le marché français avec une vraie stratégie réseau. D’après les informations partagées sur le salon, Polygon compte déjà plus de 200 vélocistes partenaires en France. Ce n’est plus une présence opportuniste, c’est une implantation structurée.
La gamme reste surtout très bien placée en prix, avec des montages souvent agressifs face à la concurrence. Et le futur gravel prévu pour fin 2026 va dans le sens du marché : stockage interne, gros pneus, standards actuels.
Haro : un retour 2027 plus cohérent qu’attendu
Haro faisait aussi partie des marques à surveiller sur cette édition.
La gamme 2027 aperçue sur le salon paraît beaucoup plus cohérente, avec un nouveau vélo de route et surtout un gravel qui retient l’attention. Les lignes sont modernes, les cadres visuellement bien proportionnés, mais ce sont surtout les peintures qui marquent.
On voit beaucoup de vélos propres aujourd’hui. On voit moins souvent des vélos avec une identité visuelle réellement différenciante. Chez Haro, plusieurs détails de finition donnent l’impression d’un cadre travaillé, pas seulement d’un moule générique habillé rapidement.
Visuellement, la marque revient avec quelque chose à dire.
Merida Reacto : Classified et cockpit bec de cygne
Le nouveau Merida Reacto est sorti depuis quelques mois, mais la version haut de gamme méritait clairement un détour.
La configuration exposée, équipée d’une transmission Classified et du cockpit en bec de cygne, a une vraie présence. Le vélo est taillé à la serpe, très expressif, avec cette sensation de machine pensée pour la vitesse avant même d’avoir tourné les jambes.
Ce qui reste intéressant chez Merida, c’est aussi le positionnement. Les versions inférieures conservent généralement des prix contenus au regard du niveau de conception et d’équipement. Sur un marché route où certains tarifs deviennent difficiles à justifier, cette approche a du sens.
KTM : des prix agressifs et des vélos bien plus crédibles qu’avant
KTM avait un peu disparu des radars route/gravel en France, notamment après la fin de l’équipe professionnelle B&B Hôtels. Ici, la marque revient avec un positionnement tarifaire très offensif.
Quelques exemples donnent le ton : un gravel en SRAM Red sous les 8 000 €, un vélo de route en Shimano Dura-Ace avec roues carbone sous les 5 000 €, et un modèle endurance au dessin plutôt sérieux, avec tubes aérodynamiques et stockage interne.
Sur le papier, les prix sont franchement agressifs. Mais le plus important, c’est que les vélos ne donnent pas l’impression de simples fiches techniques optimisées pour afficher un groupe haut de gamme.
Les cadres sont esthétiques, les montages semblent cohérents, et la gamme paraît mieux construite que ce que l’image récente de KTM pouvait laisser imaginer côté route et gravel.
Ridley Kanzo Fast V2 : probablement l’un des vélos à suivre en 2027
C’était l’un des modèles les plus attendus de cette visite : le prototype du futur Ridley Kanzo Fast V2, dont la sortie est attendue en septembre.
La première génération du Kanzo Fast avait déjà marqué par son approche très engagée du gravel aérodynamique. Cette deuxième version semble reprendre les codes les plus actuels de la catégorie, avec une exécution particulièrement impressionnante.
Le modèle exposé était monté avec des pneus Schwalbe en 55 mm, et il restait encore de la place. Ça résume parfaitement l’évolution du gravel race moderne : plus rapide, mais aussi plus capable.
Le cadre reprend visiblement des codes aérodynamiques proches de ceux du Noah Fast côté route, avec des formes très travaillées. Il intègre aussi du stockage interne, désormais presque indispensable sur ce segment.
Autre point important : les prix annoncés devraient rester relativement contenus pour du Ridley. Si cela se confirme au lancement, ce Kanzo Fast V2 pourrait devenir l’une des très belles surprises de 2027.
Kellys : une présence discrète, mais une gamme à regarder
Kellys était aussi présent, avec une gamme moins connue en France.
La marque présentait notamment un gravel décliné avec ou sans motorisation, ainsi qu’un vélo de route. L’intérêt, ici, tient surtout à la présence de marques plus discrètes qui cherchent à exister dans un marché très dense.
Campagnolo Zonda : une roue all-road très bien finie sous les 1 500 €
Côté composants, la nouvelle Campagnolo Zonda faisait partie des nouveautés intéressantes à voir en vrai.
Sortie la semaine précédente, cette roue se positionne sur un segment endurance all-road, avec un prix annoncé sous les 1 500 €, une jante de 50 mm et le rayonnage emblématique G3.
La prise en main confirme surtout un point : les finitions sont magnifiques pour une roue à ce tarif. Campagnolo garde cette capacité à donner à ses produits une présence très particulière, presque statutaire, même sur une gamme qui ne vise pas l’ultra-premium absolu.
Reste évidemment à voir ce que cela donne sur la route, mais visuellement et en qualité perçue, la Zonda coche déjà beaucoup de cases.
Look Blade RS : des évolutions ciblées et un coloris très réussi
Le stand Look permettait de voir en vrai le nouveau Blade RS, lui aussi récemment présenté.
Pas de rupture complète avec l’ancienne génération, mais plusieurs évolutions notables et surtout un coloris particulièrement réussi. Look conserve également son cockpit en deux parties, un choix qui peut sembler moins spectaculaire que certains postes de pilotage totalement intégrés, mais qui garde des avantages évidents en entretien, ajustement et usage réel.
Factor : l’exception, l’ultra et le gravel franchisseur
Factor avait probablement l’un des stands les plus impressionnants du salon en matière de matériel très haut de gamme.
Entre le modèle développé avec Bugatti, doté d’une fourche démesurée, et les vélos déjà commercialisés, la marque assumait un positionnement d’exception. Mais le modèle le plus intéressant dans une logique gravel reste peut-être le Factor Sarana.
C’est le vélo utilisé par Victor Bosoni sur The Tour Divide, course qu’il a remportée avec cette machine. Le Sarana occupe une place assez unique sur le marché : un vrai franchisseur, capable d’encaisser du terrain difficile, mais sans renoncer à la performance sur les portions roulantes.
Stockage interne, sacoche de cadre intégrée, compatibilité avec une tige de selle télescopique ou une fourche suspendue : tout indique un gravel moderne, pensé pour des usages très engagés.
Le détour chez Factor permettait aussi de redécouvrir le Monza, le vélo d’endurance de la marque. Son travail aérodynamique impressionne pour ce segment, tout comme la présence d’un stockage interne. Dans l’univers Factor, il joue presque le rôle de produit d’appel, même si le positionnement reste évidemment premium.
Sunn : un gravel différent qui semble trouver son public
Chez Sunn, l’attention se portait surtout sur le gravel lancé l’an dernier, reconnaissable à son cadre très particulier.
Le vélo sort clairement de ce que l’on voit partout. Et ce n’est pas qu’une impression de salon : on commence à le croiser régulièrement sur les routes, notamment dans l’ouest de la France.
Son positionnement tarifaire reste cohérent, les montages sont intelligents, et le design lui donne une vraie personnalité. Dans un marché parfois saturé de cadres interchangeables, c’est déjà un avantage.
SEKA arrive plus sérieusement en France
C’était l’une des attractions les plus intéressantes du salon, même si le stand était plutôt caché : SEKA va désormais bénéficier d’une distribution plus structurée en France.
La marque était déjà visible chez quelques vélocistes, mais l’arrivée d’un véritable distributeur peut changer son exposition. Et devant le modèle gravel présenté, il était difficile de ne pas s’arrêter.
Le cadre fait partie des plus beaux du marché actuellement. La peinture, les proportions, l’intégration : tout respire le vélo désirable. Mais au-delà du coup d’œil, la fiche va aussi dans le bon sens : gros passage de pneus, stockage interne, compatibilité mono ou double plateau.
C’est le type de vélo qui peut séduire une clientèle experte, sensible à la fois au design, aux standards modernes et à une certaine forme d’exclusivité.
Argon 18 : un gravel race qui pourrait faire parler
Argon 18 redéveloppe actuellement sa présence en France, et le timing semble plutôt bon.
Le nouveau gravel race de la marque canadienne a de quoi attirer l’attention. Le cadre est visuellement très réussi, avec un passage de pneu très généreux et une conception qui semble alignée avec les standards les plus récents du segment.
Sur un salon professionnel, où l’on voit beaucoup de vélos se ressembler, ce modèle avait une vraie présence.
Raymon prépare aussi son gravel 2027
La marque allemande Raymon, en forte progression en France ces derniers mois, présentait également son futur gravel attendu pour 2027.
Raymon fait partie de ces acteurs qui avancent vite, souvent avec des positionnements prix bien étudiés. Le gravel aperçu s’inscrit dans cette dynamique.
Le simple fait de voir la marque investir ce segment confirme une chose : le gravel reste une catégorie stratégique pour les marques qui veulent grandir sur le marché français.
Matchy mise sur l’ultra et le portage textile
Il y avait peu de marques textile sur cette édition, mais Matchy mérite une mention.
La marque française présente désormais une gamme complète dédiée à l’ultra : combinaison, maillot, cuissard. Le point commun est clair : permettre d’embarquer hydratation et nutrition directement sur le cycliste.
C’est une tendance forte. En gravel longue distance, l’équipement ne se limite plus au vélo. Le textile devient un outil de portage, de gestion de l’effort et d’autonomie.
Cela rejoint ce que l’on observe déjà sur les combinaisons gravel modernes : poches renforcées, volumes mieux répartis, accès facilité à la nutrition, intégration de poches à eau. Le vêtement devient presque une extension du vélo.
Bemoov : le vélo enfant reste un vrai sujet de fond
Enfin, Bemoov était présent avec sa gamme complète de vélos pour enfant.
Ce n’est pas le stand le plus spectaculaire pour un média orienté gravel et performance, mais c’est un sujet important. Un bon vélo enfant, léger, adapté, bien proportionné, change complètement l’expérience des plus jeunes.
Et dans un marché adulte parfois obsédé par les gains marginaux, il est toujours utile de rappeler qu’un vélo bien pensé commence aussi par les premières tailles.
Ce que cette édition 2026 raconte du marché
Cette édition des ProDays ne donne pas l’image d’un marché euphorique. Le salon est plus petit, plus concentré, plus sélectif. Mais il raconte quelque chose d’assez clair : les marques ont recommencé à avancer.
En gravel, la bascule vers le race est nette, mais elle n’est pas caricaturale. Les vélos rapides deviennent plus capables. Les gros pneus, le stockage interne, l’UDH et les montages mono ne sont plus des détails isolés : ce sont des standards qui s’installent.
Sur route, les frontières entre aéro, endurance et polyvalence continuent de se brouiller. Les vélos deviennent plus complets, plus réalistes, parfois moins dogmatiques.
Le salon a peut-être perdu en volume. Mais cette année, il a gagné en lisibilité. Et c’est probablement ce dont le marché avait besoin.
8 réponses
Merci pour l’article, instructif et enthousiaste.
Tu as un style d’écriture que j’ai vraiment du mal à avaler, je pense que tu l’ « assumes ».
Peut être la déformation professionnelle du marketing ?
Merci pour ton retour, et oui, la remarque est entendue. Le style est sans doute assez affirmé, parfois trop “angle éditorial” pour certains lecteurs, et je comprends que ça puisse gêner. L’idée n’est pas de faire du marketing, mais de proposer une lecture personnelle du salon, avec ses tendances et ses signaux faibles. Je garde ta remarque en tête pour trouver un meilleur équilibre.
Triste de voir le gravel aller vers ça!
Oui, je suis entièrement d’accord avec toi, pour moi le gravel c’est plutôt l’aventure, le bikepacking et les ultra en mode aventure pas le chrono comme en vélo de route, mais bon il en faut pour tout les goûts en espérant que les marques continue a développer le gravel aventure bikepacking et ne parte pas uniquement sur le gravel race
Super retour !
J’ai regardé des vidéos du salon chez d’autres passionnés
Lu des choses par ci par là
Je trouve que tes retours sont totalement juste et ultra général et détaillé précis, bref, un super boulot continue 🙌
Merci beaucoup, ce type de commentaire pousse à poursuivre dans cette voie 🙂
Bon article avec cependant un manque sur le gravel orienté aventure. Je reste surpris de ne jamais voir la marque Megamo dans tes articles. Absent sur ce salon ?
Clairement, les gravel orientés aventure avaient presque disparu du salon, ou alors il restait quelques modèles entrée de gamme. Megamo n’était pas présent, pourtant leur gamme est très cohérente et ils ont réussi à pénétrer beaucoup de magasins, notamment dans le sud de la France.